Ticket to ride, ou Ars gratia pecuniae
Ô joie ! La France a trouvé une réponse — que dis-je ? une riposte foudroyante aux droits de douane imposés par Donald Trump. Depuis une quinzaine de jours, le billet d’entrée dans certains musées parisiens et pour le Château de Versailles est plus cher (jusqu’à 10 € de plus, parfois) pour les étrangers (pardon, pour les non-Européens) que pour les Français.
Nous ne saurions trop approuver cette mesure. Mais nous lui reprochons simplement de ne pas être suffisamment étendue. Par exemple, le billet de cinéma devrait être lui aussi plus cher pour les étrangers que pour les Français. Il faudrait aussi que les étrangers qui s’avisent d’acheter un livre dans une librairie le paient 15 ou 20 % plus cher que les gens du cru. Il faudrait aussi songer sérieusement à appliquer cette formule dans les restaurants. Après tout, personne n’a demandé à ces vils touristes de venir chez nous. (Le cas des étrangers résidant en France devra faire l’objet de discussions.)
On ne nous a pas dit quels sont les brillants cerveaux qui sont à l’origine de cette innovation, qu’ils justifieront, probablement, en expliquant qu’un système analogue est en vigueur dans des pays comme, sauf erreur, l’Argentine, ou l’Italie pour certains de ses musées, ou pour certains pays d’Europe de l’Est dans certains restaurants (si, si, nous n’inventons rien), mais, peu importe l’Argentine, l’Italie ou la planète Mars, il y a dans cette manière de procéder quelque chose de parfaitement scandaleux, ou, pour dire les choses très simplement, quelque chose qui relève de la goujaterie.

Bref, ces Américains ou ces Japonais qui prennent la peine de venir visiter Paris devraient être remerciés pour l’honneur qu’ils nous font — je me souviens ici de cette correspondante américaine de ma fille qui se mit à pleurer en arrivant au pied de la tour Eiffel, tant elle était émue — et, au lieu de cela, nous les taxons.
Cette politique va dans le même sens que la décision de LaPoste, que nous avons signalée il y a quelque temps, de supprimer le tarif préférentiel qui existait pour l’envoi de livres à l’étranger. Mais, à l’intérieur de ces questions d’argent que d’aucuns pourront sans doute juger mesquines, c’est la question de la culture qui se pose. Car la culture, par définition, consiste à aller regarder ailleurs. Ou, pour employer ce mot malheureusement mis aujourd’hui à toutes les sauces, à échanger. La culture est — parlons français, voulez-vous ? — l’essence même du softpower. Et il est absurde d’imaginer qu’on puisse gagner quoi que ce soit en jouant à cash-cash dans ce domaine.
D’aucuns vous expliqueront que cette mesure, aussi anti-démocratique soit-elle, est là pour éviter le surtourisme. Mais ce néologisme n’est-il pas lui-même surabsurde, dans la mesure où le moindre touriste est par définition quelqu’un qui va mettre son nez là où, a priori, il n’a rien à faire ? Enfin, rien à faire, si l’on oublie la fameuse formule de Térence Homo sum, humani nil a me alienum puto.
FAL
