José de San Martín, une vie oubliée

Spécialiste de l’histoire politique et du fait militaire en France et en Amérique du Sud, auteur de La chute d’un empire, l’indépendance de l’Amérique espagnole (Passés composés, 2023), Gonzague Espinosa-Dassonneville enseigne à l’école des hautes études internationales de Bordeaux. Il vient de sortir une biographie sur une figure oubliée des indépendances sud-américaines, éclipsé par Simon Bolivar, José de San Martín.

Entre Amérique et Europe

Né au Paraguay dans une ancienne mission jésuite, José de San Martín part en Espagne avec son père militaire (mais en disgrâce) et sa famille. On l’envoie dans une école militaire pour en faire un officier. Mais c’est l’époque des guerres de la Révolution où l’Espagne perd face à la France dont elle redevient une alliée en 1795. San Martín observe les troupes françaises et la révolution tactique qu’elles introduisent, montrant aussi le retard d’une armée espagnole qui ne fait plus illusion. L’Espagne est alors dirigée par un monarque faible, Charles IV, et un ministre intriguant, Godoy, qui ne peuvent pas faire face à la France de Napoléon qui fascine San Martín. Ce dernier choisit peu à peu la résistance face aux armées françaises en 1808. Mais, à la première occasion, il rembarque via Londres pour l’Amérique en pleine effervescence. Les colonies ont refusé de soutenir Joseph Bonaparte mais elles sont sur le chemin de l’autonomie…

Une voie singulière

San Martín débarque et se met au service des autorités locales. Il se marie aussi et a une petite fille. Il devient un général respecté, un meneur d’hommes qui attache un grand soin à entraîner ses troupes. Le voilà bientôt qui guerroie contre les royalistes, passe au Chili et au Pérou (dont il va devenir le protecteur) par la cordillère des Andes. Avec le soutien implicite des Anglais, il bat les troupes royalistes à Chacabuco et à Maipù, des succès qui fondent l’indépendance de l’Amérique du Sud. Puis il rencontre Bolivar venu de Colombie en 1822 : c’est une entrevue mystérieuse où les deux Libertadores se font face… et San Martín lui laisse le premier rôle. Bientôt le voilà en route vers l’Europe avec sa famille. Il esquisse un moment un retour en Argentine… et puis non. L’homme vit entre l’Angleterre, la France et la Belgique, est reçu par Louis-Philippe, vieillit et meurt en 1850. Il a marqué son temps mais peu le connaissent. Cette biographie lui rend justice.

Sylvain Bonnet

Gonzague Espinosa-Dassonneville, José de San Martín l’autre Libertador, Passés composés, mars 2026, 304 pages, 24 euros

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