Trois livres de Philippe Lombard sur différents aspects du cinéma
Nous avons déjà dit ici à quel point il est difficile de suivre la production de Philippe Lombard, puisqu’il écrit ses livres presque plus vite que ses lecteurs ne peuvent les lire. Donc, pour ne pas être en retard, disons tout de suite que son prochain ouvrage, inachevé (?) à ce jour, sera consacré à Clint Eastwood. Mais un mot quand même sur trois de ses récentes publications.

La plus imposante par sa taille, Les Aventures de Bud Spencer et Terence Hill, examine sous différents angles tous les films du duo qui connut il y a un demi-siècle une célébrité internationale, dont la première étape fut le diptyque On l’appelle Trinita/On continue à l’appeler Trinita. Sergio Leone n’avait que mépris pour ces deux films, mais Sergio Leone n’appréciait guère non plus les films à maints égards remarquables de son confrère Sergio Sollima, et sa condamnation équivaut très probablement à une garantie de qualité. Certes, le duo Hill-Spencer n’était pas toujours d’une grande subtilité et un bon tiers de chacun de leurs films se composait de scènes de castagne, mais ces scènes étaient d’une certaine manière un retour aux sources mêmes du cinéma – qu’on repense aux courses-poursuites de Chaplin ou Keaton dans leurs courts métrages – et rappelaient tout simplement que le mot cinéma signifie en grec mouvement. D’ailleurs, quelle que soit la violence des coups de poing échangés dans ces films, on n’y mourait guère. C’étaient pour ainsi dire des dessins animés vivants, et donc, de véritables spectacles familiaux, genre assez rare de nos jours.

Le second ouvrage, version revue et corrigée, et surtout largement augmentée, d’un précédent travail, se nomme 500 Secrets de tournage. À ne pas lire d’une traite, sans doute, mais plutôt à petites doses, chaque soir, puisqu’il s’agit de tout et de rien, d’anecdotes qui n’auraient évidemment pas leur place dans les Cahiers du cinéma, mais qui assez souvent sont plus que des anecdotes. On se souviendra par exemple de ce vrai prisonnier qui, ayant assisté, dans sa vraie prison, à une journée de tournage d’un film avec Pierre Richard, vient dire à celui-ci : « Eh bien, mon vieux, je préfère être à ma place plutôt qu’à la vôtre. » On n’oubliera pas non plus la lettre d’une méchanceté nonpareille adressée par Pagnol à Fernandel et qui incite à penser que l’auteur de Marius-Fanny-César n’était pas exactement le doux et chaleureux Méditerranéen que l’on croyait.
Le troisième ouvrage, L’Argot du cinéma français, est aussi une réédition, parfaitement justifiée (et qui méritait mieux que son titre original, Touche pas au grisbi, salope) puisque c’est bien plus qu’un livre sur le cinéma. L’Argot du cinéma français n’est pas seulement une collection de répliques, c’est un véritable dictionnaire historique. Tout le monde, bien sûr, a entendu parler du film Touchez pas au grisbi, mais qui peut dire d’où vient le mot grisbi et comment il en est venu à prendre le sens d’argent ? L’origine, semble-t-il, est l’adjectif anglais crispy, « croustillant ». Et, comme des billets qu’on compte ou qu’on froisse font un bruit de papier croustillant…

Autre film de Gabin au titre argotique, Du rififi chez les hommes. Ce titre était déjà celui du roman d’Auguste Le Breton dont il s’inspire, et Le Breton a expliqué qu’il avait emprunté le mot rififi à son ami le Grand Gégène, lequel l’aurait créé à partir de rif. Ce mot est lui-même – dixit l’Académie française – une forme abrégée de rufle, qui désignait une maladie éruptive. Rif, par métaphore, a désigné une zone de combats.
Un mot encore sur keuf. Il n’est pas inutile de savoir que, dans La Balance, film de Bob Swaim, avec Philippe Léotard et Nathalie Baye, sorti en 1982, on parle encore de keuflis, version verlan beaucoup plus rigoureuse de flics. La paresse a fait disparaître la seconde syllabe. Quand on aime la linguistique, on va au cinéma.
FAL
Philippe Lombard, L’Argot du cinéma français, Dunod, Novembre 2025, 224 pages, 9,90 euros
Philippe Lombard, 500 Secrets de tournage, Hugo Image, Octobre 2025, 512 pages, 17,50 euros
Philippe Lombard, Les Aventures de Bud Spencer et Terence Hill, Pulse, Janvier 2026, 272 pages, 35 euros
