L’étage des morts, noire est ma couleur
Revenu au roman avec Profil perdu (Rivages, 2017), Hugues Pagan, ancien flic, est une des voix les plus originales du roman noir français : citons pour les curieux qui ne l’auraient pas encore lu (dénoncez-vous!) Dernière station avant l’autoroute et Le carré des indigents. Voici la réédition d’un roman paru en 1990, L’étage des morts, à déguster comme on va le voir.
Et la nuit vint…
« C’était un matin de décembre, un de ces beaux matins froids et venteux, avec un ciel tellement récuré de fond en comble qu’il en avait un petit air neuf et pratiquement indolore, comme bien des interventions bénignes sous anesthésie locale. C’était un nouveau ciel et un nouveau matin, mais toujours la même ville et la même vieille histoire. »

Nous voici au cœur de la 13e Division à Paris, chez les flics. Le narrateur est chef de groupe, policier désabusé qui sent que le final se rapproche. Il repense à son pote Franck, flic comme lui, (mais aux Stups) malade d’un cancer. Quelques jours plus tôt, il est venu lui proposer un coup, en dehors de la légalité bien sûr. Mais il a dit non. Or, Franck est assassiné peu de temps après. L’enquête lui échappe un peu. Le narrateur doit faire face à l’hostilité de Calhoune, son ex, passée par les bœufs-carottes et aujourd’hui commissaire, toujours remontée comme lui. Mais il ne peut s’empêcher de fouiner, malgré les conseils de Farida, sa maîtresse. Le passé va remonter, la merde aussi. L’addition sera salée.
Un polar âpre
L’étage des morts a été adapté au cinéma par Gilles Bréhat sous le titre Diamant 13 avec Depardieu dans le rôle du narrateur : pas sûr que le casting ait été bon. Le roman est une lente descente dans le noir, pas grand-chose n’en ressort debout ou vivant. Le narrateur n’avait plus de rêves, il ne lui restera que peu de choses à la fin. Noir, très noir, L’étage des morts s’impose aussi par son style, son sens de la formule. Pagan est grand, point barre.
« La mort, comme certaines femmes et quelques hommes, ne veut pas de ceux qui l’aiment trop. »
Sylvain Bonnet
Hugues Pagan, L’étage des morts, Rivages, janvier 2025, 304 pages, 9,70 euros
