Lire pour relier, la bibliothérapie à pleine voix

La bibliothérapie, littéralement soigner (therapeuein) par les livres (biblos), est une discipline dans laquelle Régine Detambel s’est consacrée, par des ateliers d’écriture ou des livres. Lire pour relier est le parcours de cette aventure thérapeutique qui met le livre au centre du « traitement ».

Des bienfaits de la lecture

Dans la première partie, le lecteur trouvera une série de remarques sur les différents bienfaits de la lecture et le plaisir de lire. Le premier d’entre eux est l’accès à l’émotion, au « cœur intelligent » dirait Finkielkraut, partant que « tout est déjà dans les livres puisqu’ils contiennent la mémoire de l’humanité. » Régine Detambel se propose d’être le guide qui permettra à chacun de se repérer dans les livres et de savoir y puiser le meilleur. Reconnaître ses propres émotions pour ce qu’elles valent de grand dans les mots des autres, c’est s’offrir la possibilité de les apprécier à leur juste valeur, de les comprendre mieux et de savoir les transcrire à son tour avec ses propres mots.

Les bienfaits sont multiples : scientifiquement prouvés (« lire renforce les synapses »), intimement émotionnels, culturels… Et pour chacun accompagnés d’exercices pratiques qui accompagnent la lecture et permettre d’en tirer tous les avantages.

Créer un lien

Si les premières mentions de la bibliothérapie renvoient au traitement de certaines affections psychiatriques, le propos de Régine Detambel est autre. Dans Lire pour relier, elle montre comment elle s’est emparé de cette pratique pour en élargir la portée. Son propos est d’inclure le lecteur dans l’humanité toute entière en ce que le livre est le lien le plus puissant et beau entre les hommes.

Riche de très nombreux exemples littéraires, Lire pour relier s’appuie à montrer que le lien créer par le livre est entre soi et soi, entre l’humain et l’humain. Et il est un bienfait majeur tant pour l’esprit, le cœur que le lien, c’est lire pour l’autre. Toute un chapitre est consacré à cette pratique de partage qui tend à rendre sensible cette vérité, que chaque lecteur porte en lui :

Les textes littéraires travaillent à restaurer notre lien avec autrui. Ils sont nos existences de rechange, nos promesses de changement, les vaisseaux de nos voyages d’exploration intérieure. Si les contes ou les mythes nous renforcent, c’est avec l’aide des personnages qui nous soutiennent en nous prenant par la main. Nous sommes littéralement accompagnés par ces être de papier dont nous lisons les aventures, et nous projetons sur eux tantôt ce que nous sommes, tantôt ce qui nous manque afin qu’ils puissent, si nécessaire, nous soustraire à une existence sans relief.

Ainsi le lecteur, par tous les bienfaits du livre et de la lecture, est relié à l’humanité entière, passée comme future, et enfin à soi-même.

Les lecteurs assidus qui savent combien cette activité est d’abord bienfaisante n’apprendront certes rien — et encore ! —, mais ils seront confortés dans leur passion et en comprendront les racines. Quant à ceux quo n’ont pas ce plaisir, s’ils doivent entrer en littérature pr un seul livre, ce pourrait être Lire pour relier, qui contient la possibilité de tous les plaisirs et bienfaits de lire. La conclusion à laquelle Régine Detambel nous conduit, et à laquelle il faut bien souscrire : les livres sont des thérapeutes.

Loïc Di Stefano

Régine Detambel, Lire pour relier, la bibliothérapie à pleine voix, Actes sud, « Babel », février 2026, 208 pages, 7,90 euros

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