Les maîtres du domaine, il était une fois…
Auteur culte
Tout le monde connaît Jo Nesbo, créateur du policier alcoolique Harry Hole apparu pour la première fois dans L’homme chauve-souris. Nesbo a depuis vendu des millions de livres, s’imposant comme un auteur de bestsellers comme on en avait pas vu depuis Stephen King et John Grisham. Les maîtres du domaine est la suite de Leur domaine (Gallimard, 2021), roman où Nesbo racontait l’histoire de deux frères hantés par leur passé et ses secrets, sans compter qu’ils ont pas mal de meurtres à leur actif…
Deux frères toxiques
« Tout le monde a un point faible, c’est ce que papa m’avait inculqué quand il m’apprenait à boxer. J’étais peut-être plus petit que les autres garçons, mais aucune défense n’est infaillible, même le plus terrifiant des adversaires recèle une ouverture dans sa garde, une erreur qu’il est condamné à reproduire. Ce point faible, m’avait également expliqué papa, il ne suffisait pas de le trouver, il fallait en plus avoir le cœur assez froid pour l’exploiter sans hésitation. »

Voici Roy Opgard et son frère Carl. Roy possède une station-service, Carl un hôtel dans leur patelin paumé, Os. Les deux veulent bâtir les plus grandes montagnes russes de Norvège et attirer les investisseurs. A condition qu’un projet de tunnel ne voit pas le jour et que les touristes puissent venir. Roy s’y emploie, c’est un bon manipulateur. Il a appris en tuant ses parents dans un faux accident de voiture ou le père du lensman local (le chef de la police). Oui, Roy a tué, pour son frère Carl, victime de leur père pendant toute son enfance. Roy a aussi protégé Carl lorsque ce dernier a tué Shannon, sa femme. Mais cela peut-il continuer indéfiniment comme cela ? Surtout que Roy a rencontré Natalie…
Un roman vénéneux
Les maîtres du domaine dévoile une relation très complexe entre deux frères unis par le sang… versé. Difficile d’imaginer une fratrie pareille et surtout de comprendre comment cela fonctionne entre eux (je vous laisse lire). L’auteur se révèle en tout cas fin psychologue. Ce thriller fait au final assez froid dans le dos et constitue une preuve supplémentaire de la maîtrise de Nesbo.
Sylvain Bonnet
Jo Nesbo, Les maîtres du domaine, traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier, Gallimard « Série noire », juin 2025, 461 pages, 21 euros
