La grande guerre du Péloponnèse, un conflit fondateur

Historien de l’antiquité et professeur émérite de philologie grecque et latine à l’université de Bari, Luciano Canfora est peu connu du grand public français. La grande guerre du Péloponnèse est son premier ouvrage paru en français, portant sur un des plus célèbres conflits de l’histoire grecque où Sparte et Athènes s’épuisèrent, laissant bientôt la place à la Macédoine.

Une synthèse bien vue

De fait, Luciano Canfora, qui s’appuie beaucoup sur Thucydide, livre un récit vivant de la guerre du Péloponnèse, qui commence en fait avant (le Ve siècle est marqué très vite par le conflit entre Sparte et Athènes) et qui continue après la défaite athénienne de – 404 jusqu’à la paix du Roi (de Perse) en – 386. On voit comment Athènes utilise avec brio son empire et la ligue de Délos pour assurer sa supériorité maritime face à la puissance militaire terrestre spartiate. L’entrée en guerre est décidée par Périclès en – 431, une décision funeste si on suit Thucydide. Les dix premières années de la guerre sont indécises mais Athènes remporte une grande victoire en capturant un millier de spartiates sur l’île de Sphactérie. Les Lacédémoniens souffrent de l’oliganthropie et ne peuvent laisser leurs concitoyens longtemps prisonniers. La paix de Nicias est une occasion manquée entre les deux cités, surtout après qu’Alcibiade, neveu de Périclès, lance la désastreuse expédition de Sicile…

Des parallèles et des erreurs

Luciano Canfora a à cœur de montrer les parallèles entre ce conflit et les deux guerres mondiales. L’analogie n’est pas une mauvaise méthode en histoire, quoique incomplète, pour comprendre certains évènements. Et puis il faut signaler aussi combien les dirigeants européens de la grande guerre avaient une forte culture classique et y pensaient d’eux-mêmes. On ne comprend pas cependant le passage page 234 où Canfora évoque la mission de l’américain Sumner Welles au début de l’année 1940 en Europe où il aurait rencontré les dirigeants de Vichy, qualifié d’« état national créé par les allemands » (ce qui est faux) : le problème est que le régime de Vichy naît après le vote du 10 juillet 1940, soit après le voyage de Welles. Problème de traduction, de source ?

Dommage car le récit du conflit antique était globalement exact. Des dangers de l’analogie et de l’anachronisme mal sourcé…

Sylvain Bonnet

Luciano Canfora, La grande guerre du Péloponnèse, traduit de l’italien par Johan-Frédérik Hel Guedj, Perrin, janvier 2026, 400 pages, 23,50 euros

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