Marina de Van, Point de suture
La suture est la trace de chairs coupées qui ont été ressoudées. Mais il peut être la trace invisible du dehors d’une âme qui reprend corps et qui souffre. Dans le roman sombre et magnifiquement écrit de Marina de Van, Point de suture, c’est la trace d’une violence faite à soi qui est exposée avec une vérité toute intime dans laquelle on retrouve le talent de cette réalisatrice et romancière hors normes.

la tyrannie du beau
Point de suture est l’histoire Gena pour qui l’apparence est essentielle. Elle est très attentive à suivre les normes de la beautés, aussi changeant qu’étranges et castrateurs. Cette quête impossible de coller au mouvant perpétuel va être. interrompu par les séquelles d’une brûlure mal soignées qui vont la conduire à une chirurgie esthétique qui aura des conséquences inattendues. Car pendant la phase post-opératoire, quand le visage est tout boursouflé, et, pour ainsi dire, défiguré, la vérité cruelle lui apparaît : l’apparence est source de malheur.
Car le dogme auquel est s’est attachée est celui d’un tyran. Tyran qui décide de tout ce qui va constituer sa vie, son monde, et lui imposer des efforts et des sacrifices continuels pour suivre le rythme infernal de cette divinité instable qu’est la beauté. C’est dire combien la destruction de son apparence sera finalement une libération et une révélation : la beauté n’est pas dans l’apparence. Mais quelle souffrance pour atteindre à cette vérité !
ré-initiation à soi-même
Elle part sereine, étrangement apaisée par la débauche d’images et de sons mentaux qui l’ont conduite à l’impensable de l’automutilation.
Pour atteindre soi, il faut le sacrifice, mais quand il s’agit de sacrifier ce qui alourdi, ce qui entrave, ce qui nuit, alors petit à petit la vérité psychologique réapparaît. Il s’agit d’un chemin vers soi, vers son âme enfouie en profondeur sous les fards et les faux-semblants. Marina de Van revisite et inverse le propos du Portrait de Dorian Gray. L’âme n’est plus protégée par le portrait, qui s’avilit, mais l’âme se libère et s’embellit à mesure que le corps ne peut plus porter le témoignage social de son asservissement. Cette transformation est le grand message du roman, écouter ce qui nous a constitué foncièrement; notre vérité, et se détourner de la vacuité de l’apparence. Quant à ceux, malheureux, dont la vacuité est la seule vérité…
Dans le style qui lui est propre, cru, dérangeant, et magnifique à la fois, toujours épuré et juste, Marina de Van fait avec Point de suture le roman de cette violence de la conformité à la beauté, à la mode, qui nie la possibilité d’être vraiment soi. Mais c’est aussi le roman d’une renaissance, sa part de lumière dans le lugubre.
Loïc Di Stefano
Marina de Van, Point de suture, Abstractions, octobre 2025, 160 pages, 14,99 euros
