« Quelque part entre le bien et le mal » le polar magnifique de Christophe Molmy

Avec un art consommé du récit, Christophe Momly conduit son lecteur dans un entre-deux qui n’est qu’un chemin délicat sur une ligne de crête. Quelque part entre le bien et le mal, la suite du remarquable Les Loups blessés, poursuit l’étude de la petite criminalité de banlieue et de la vie des flics, du 33 ou de plus modestes commissariats.

Pris par ce qu’il a vécu comme un échec — la mort d’un de ses indics — Renan a accepté un poste dans un commissariat de banlieue, occupé par des choses moins prenantes que les courses dans la folie de Paris. Un peu renfrogné, c’est une des ses enquêtrices, Coline, qui va sortir une affaire à la fois passionnante et dangereuse : une série de suicides trop similaires pour ne pas laisser planer un doute… Passionnante, car en suivant les pas de Coline, le lecteur va entrer dans les arcanes de la police et espérer, avec elle, qu’elle puisse réussir contre la hiérarchie à avancer ses propres convictions et quitter la banlieue pour le prestigieux 33. Mais dangereux parce que cette enquête risque bien de forcer Renan à regarder dans son passé, à affronter ses démons…

L’enquête de Coline va croiser d’autres chemins, notamment l’équipe de Philippe, qui enquête sur deux frères gitans braqueurs de DAB. Un des gitans serait-il aussi le tueur de jeunes femmes ? Et quel rôle joue Sasha, l’ami d’enfance de Philippe mais aussi l’avocat des gitans, parfaitement placé à cette frontière entre la loi et le crime, entre le bien et le mal…

« la frontière entre le bien et le mal était parfois si mince qu’il était facile de s’y perdre »

La folie criminelle et la banlieue comme territoire réservée, la vie des équipes de polices et les querelles entre services, Christophe Molmy, lui-même patron des Brigades de Recherche et d’Intervention (BRI), nous fait vivre de l’intérieur le travail et les tourments des hommes et des femmes qui se coltinent au réel. Et si l’on s’attache aux pas de Coline, c’est qu’elle offre un passage à travers ces mondes, comme si la double intrigue policière même de Quelque part entre le bien et le mal devait passer au second plan, quelle qu’en soient la qualité par ailleurs.

Quelque part entre le bien et le mal ou le roman témoignage de la police au quotidien. Un témoignage très précis et très vivant, où l’on est embarqué avec les équipes, dans leurs actions et leurs doutes. Mais en plus un très bon roman policier qui file à toute vitesse et se dévore. Quel bouquin !

Loïc Di Stefano

Christophe Molmy, Quelque part entre le bien et le mal, Points, janvier 2019, 383 pages, 7,80 eur

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