Les oubliés de la Saint-Valentin, des vies à l’ombre du mariage

Spécialiste des Etats-Unis, auteur d’un essai passionnant, La fin de la pauvreté ? Les experts sociaux et la Guerre contre la pauvreté (EHESS, 2008) et plus récemment des Millions de monsieur Mellon (La Découverte, 2023), Romain Huret s’attaque ici à un sujet passé sous le radar, les célibataires aux Etats-Unis.

Des anormaux ?

Il ne faisait pas bon d’être célibataire aux Etats-Unis ! Les premières pages du livre dépeignent une société centrée autour de la famille (nombreuse), marquée par la morale protestante et l’utilitarisme. Au point que la société américaine accumule les clichés : vieux garçons, vieilles filles, souvent suspectés de névrose, d’homosexualité latente ou déclarée. Selon Romain Huret, il y a aussi une forte différence de genre : aux femmes célibataires sont dévolus des métiers autour du soin, aux hommes des emplois plus précaires (même si ici, il y a de très nettes différences sociales pour les hommes appartenant à l’élite). Enfin, les hommes célibataires, les bachelors sont plus visibles dans la société, moins stigmatisés. Le choc de la crise de 1929 et la seconde guerre mondiale changent-ils la donne ?

Des précurseurs ?

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les contrats de travail étaient basés sur le statut matrimonial. Et les célibataires payaient plus d’impôts. Les choses évoluent dans la seconde moitié du XXe siècle. Il y a de plus en plus de familles monoparentales (ici, les afro-américains sont précurseurs), de plus en plus de divorces. Autrefois décriés et moqués, les célibataires sont de plus en plus nombreux tandis que le modèle familial s’effondre. Le cinéma s’empare d’eux, songeons à certains films de Woody Allen. Leurs droits progressent, signe aussi que les politiques, même conservateurs, s’adaptent à l’air du temps. Aujourd’hui, être un homme célibataire aux Etats-Unis expose semble-t-il davantage au suicide tandis que les femmes se battent pour l’égalité des droits. Voici un sujet intéressant.

Sylvain Bonnet

Romain Huret, Les oubliés de la Saint-Valentin, La Découverte, janvier 2026, 328 pages, 22,50 euros

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