L’enseignement privé, un débat français
Le sociologue face à l’école
Professeur émérite de sociologie, Pierre Merle est un spécialiste de la question scolaire à laquelle il a consacré de nombreux ouvrages : citons La ségrégation scolaire (La Découverte repères, 2012) ou plus récemment Les Fake News scolaires, la reproduction de l’ignorance (Le Bord de l’eau, 2018). Il consacre une synthèse dans la collection « repères » sur l’enseignement privé, sujet ô combien inflammable.
Un enseignement privé qui s’embourgeoise

Le constat est connu : l’enseignement privé compte plus de deux millions d’élèves. Il est principalement concentré dans le privé sous contrat, majoritairement catholique et sous le régime de la loi Debré de 1958. Les enseignants y sont payés par l’Etat tandis que les contrats d’association prévoient notamment le respect des programmes et une ouverture à toutes les familles. Or, c’est là que le bât blesse. Concentré sur l’Ouest (Bretagne et Vendée) et la région parisienne, les statistiques analysés par Pierre Merle et son équipe démontrent que la mixité sociale du privé diminue. Domine selon lui, en prenant Paris comme exemple (et le lycée Stanislas) un entre-soi et une reproduction sociale des élites qui favorise aussi les bons résultats apparents du privé. De quoi critiquer un système par un grand nombre de professeurs qui lui reprochent son financement public…
Une critique de la performance du privé
On entend bien la critique émise sur le manque de mixité sociale de l’enseignement privé et spécialement le privé sous contrat. On comprend moins la critique des résultats de ces établissements. Certes, les directeurs pratiquent la sélection et choisissent leurs élèves mais la pratique des groupes de soutien permet aussi aux élèves de niveau moyen de progresser. De plus, on pourrait aussi s’interroger sur les raisons qui poussent un grand nombre de familles de la classe moyenne à inscrire leurs enfants dans des établissements privés. Se dessine en tout cas un système à deux vitesses et un niveau moyen qui baisse, surtout dans le public. Il n’est pas sûr que la solution à ce problème aigu consiste à démanteler l’enseignement privé, ce que ne préconise d’ailleurs pas l’auteur, plus soucieux, à raison, de forcer ces établissements à davantage de mixité sociale dans la sélection de leurs élèves.
Sylvain Bonnet
Pierre Merle, L’enseignement privé, La Découverte « repères », août 2025, 128 pages, 11 euros
