Toute l’infortune du monde, angoisses contemporaines

Journaliste et auteur de documentaires, Thomas Bronnec s’est lancé dans le roman policier avec Les initiés (Gallimard, 2015) pour mieux explorer les arrière-cours du monde politique qu’il connaît bien. Il avait tenté également se diversifier avec Collapsus (Gallimard, 2022) comment un président écologiste et radical pouvait au final complètement échouer : une dystopie ou une uchronie ? Toute l’infortune du monde est un thriller qui se déroule dans quelques années et pas mal, on va le voir, de problèmes actuels s’y retrouvent.

Contre l’Amérique et contre la Russie

« Paris s’est un peu vidé de ses habitants. Pas soudainement, pas en quelques jours, comme lors du confinement décrété pour contrer l’épidémie de Covid une petite dizaine d’années auparavant, mais lentement, jour après jour, comme un immense sablier, au fur et à mesure qu’il est apparu évident que les attaques ne cesseraient pas, et qu’elles viseraient essentiellement, si ce n’est uniquement, la capitale. »

Paris est depuis plusieurs mois attaqué par des drones qui sèment la terreur en explosant sur des points précis comme des rames de métro aérien. L’enquête fait remonter l’origine de ces attaques vers Moscou… et aussi Washington où un président ultraconservateur, Roy Patterson, a décidé de contrer l’Union européenne. En particulier, il vise la France qui cherche à monter une force militaire, indépendante d’une OTAN moribonde, avec la Pologne et l’Allemagne. La présidente Emilie Cornelly est sur la sellette. Quand un otage français en Russie, Denis Descard, est libéré, elle ne se doute pas que commence une opération qui va mener à une prise d’otages en plein Paris, afin d’empêcher le vote à l’assemblée de cette force tripartite. Paris sombre dans le chaos…

Un thriller en phase avec notre époque

Toute l’infortune du monde a remporté le prix Landerneau pour l’année 2026 et on peut le comprendre. Le roman est en phase avec les soubresauts géopolitiques actuels, où les Etats-Unis se comportent comme un adversaire de ses alliés traditionnels (mais ce n’est pas entièrement nouveau, je renvoie à L’ami américain d’Éric Branca), Patterson renvoie directement à Trump bien sûr et à ses velléités d’alliance russe. Notons aussi que le roman donne aux drones beaucoup d’impact, en partie à raison quand on voie leur efficacité en Ukraine. Une réussite donc à lire immédiatement.

Sylvain Bonnet

Thomas Bronnec, Toute l’infortune du monde, Gallimard « série noire », mars 2026, 448 pages, 20 euros

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