Le Bas Empire, IIIe-Ve siècle les derniers feux de l’Occident Romain
Enseignante et docteure en histoire ancienne, Tiphaine Moreau a coécrit avec Bertrand Lançon une biographie de Constantin (Armand Colin, 2012). La voici qui publie Le Bas Empire, une histoire de l’empire romain aux IIIe, IVe et Ve siècle. Elle reprend donc le fil d’une histoire où se sont illustrés avant elle André Piganiol et André Chastagnol qui, chacun à leur manière ont montré la vitalité du Bas Empire, loin du topos de la décadence, tout en se posant la question des causes de la chute du Ve siècle, du moins en Occident.
Une crise régénératrice

Le livre de Tiphaine Moreau commence avec la crise du IIIe siècle qui voit la fin de la dynastie des Sévères et le début d’un certain désordre successoral. Notons que les sources se raréfient : Hérodien s’arrête en 238, Eutrope et Aurélius Victor n’ont laissé que des abrégés sans compter la fantaisie de L’histoire Auguste et les partis pris de Zosime. Toujours est-il que se succèdent les empereurs tandis que la pression des Barbares s’intensifie sur le Rhin… et que les Perses Sassanides menacent la frontière orientale. Au moment où la crise culmine avec la capture de Valérien en 259, la solution va être… la division des tâches. Des empereurs gaulois vont prendre en charge la défense du Rhin, Gallien est sur l’Illyricum et la Dalmatie tandis que Palmyre repousse les Perses. La solution semble temporaire, Aurélien réunifiant l’Empire entre ses mains dans la décennie 270, jusqu’à Dioclétien la pérennise avec la Tétrarchie : deux Augustes, deux César, répartis entre Occident et Orient. Un système qui se fracasse devant l’ambition (et le talent de Constantin) qui impose sa famille sur le trône. Cependant, ses fils se répartissent l’Empire, preuve que les conceptions de Dioclétien perdurent.
Changements culturels et religieux
L’Empire romain s’est adapté au cours de la crise du IIIe siècle. La société est plus stratifiée et l’administration se développe. L’ordre sénatorial est écarté de la politique mais pas des honneurs, son prestige reste immense surtout qu’il a absorbé l’ordre équestre. Bien entendu, l’essor, souvent contrarié, du christianisme constitue un des faits majeurs, surtout à partir du moment où Constantin en fait sa religion. Les élites restent en tout cas longtemps païennes comme une large partie de la population attaché aux anciens rites. C’est à une lente transformation, pleine d’à-coups, qu’on assiste au IVe siècle. Notons que bien des édits des empereurs chrétiens sont peu respectés : comment d’ailleurs faire respecter de telles lois dans un empire aussi vaste ?
Le choc final
Pourquoi l’Empire s’effondre en Occident ? La question fait encore couler beaucoup d’encre. La coopération entre Orient et Occident est moins bonne au Ve siècle. Notons que les Goths sont présents dans l’Empire depuis les années 370, qu’ils ont battu et tué l’empereur Valens à Andrinople en 378 alors qu’au fond, ils souhaitaient être intégrés dans l’Empire. Les maladresses, les divisions de la cour de Ravenne et le vide militaire ont conduit au sac de Rome en 410 qui a marqué les esprits. Mais le tournant est ailleurs. La perte de l’Afrique, envahie par les Vandales, et de son blé portent un coup fatal à l’Occident. L’administration impériale se désagrège petit à petit dans les années 450 et 460 tandis que Constantinople, en proie à ses propres problèmes, laisse faire…
Bonne synthèse.
Sylvain Bonnet
Tiphaine Moreau, Le Bas Empire, préface de Bertrand Lançon, Perrin, janvier 2026, 446 pages, 25 euros
