Altered Carbon, cyber-ratage sur Netflix

Altered Carbon est une série cyberpunk drapée de noir, vendue à grand renfort de promotion par la chaîne Netflix à travers de nombreuses bandes-annonces télévisées et autre tintamarre marketing.
Autant le dire d’entrée de jeu, la série n’est pas — entièrement — à la hauteur de ses annonces et de ses ambitions. Si certes, elle profite d’une réalisation et de visuels numériques léchés, elle pêche par un scénario et des choix narratifs trop superficiels.

 

Joel Kinnaman et James Purefoy

Prometteur… sur le papier

Dans Altered Carbon, le futur sera donc aux enveloppes corporelles interchangeables. Si vous êtes riche, vous serez virtuellement immortel. Si vous ne l’êtes pas, au mieux aurez-vous à disposition un corps au rabais… pas forcément de votre sexe ni de votre âge.
De toute évidence, une société aussi inégalitaire ne saurait susciter l’adhésion de tous. Aussi existe t-il une forme de résistance incarnée par les Diplos, hostiles à cette éternité synthétique et prêts à toutes les violences pour mettre fin à cette société dystopique en diable. C’est dans ce contexte que Laurens Bancroft fait revenir à la vie Takeshi Kovacs 250 ans après sa mort afin qu’il résolve le meurtre de son enveloppe précédente.
De rebondissements plus ou moins heureux en révélations plus ou moins bancales, Altered Carbon nous entraînera dans un récit mouvementé et -par moments- passionnant mais trop sommaire quant au fond.

 

Joel Kinnaman

 

Superficialité interstellaire

C’est là que le bât blesse, en vérité.
Le postulat de départ laisse penser qu’on serait amené suivre un récit politique, une parabole sociale et/ou philosophique comme seule la très bonne SF — tous supports confondus — sait en créer (Battlestar Galactica, au hasard) ; on aurait pu croire qu’on nous donnerait à voir en détail cette humanité qui perd peu à peu son âme au profit d’une immortalité de fait… que nenni mes bons.
En réalité, tout cela est survolé au profit de l’action et de l’exposition souvent gratuite des anatomies — certes réjouissante pour des êtres raffinés qui savent goûter les joies esthétiques de vertigineuses courbes fessières — qui ne sont finalement là que pour attirer le chaland avide de rotondités corporelles — féminines comme masculines. Il faudra qu’un jour on explique aux producteurs étasuniens que « mature » n’est pas systématiquement synonyme de « du cul, du cul, du cul…» .
Bref…
Si cela ne suffisait pas à notre agacement, le héros est incarné de manière trop prévisible et caricaturale : mâchoire carrée, pectoraux proéminents, voix grave et regard de braise se pressent à un concours de clichés pénibles. Le jeu d’acteur qu’on qualifiera, par charité, de minimaliste, finit de clouer le cercueil de ce Takeshi Kovacs auquel il est difficile de croire plus de cinq secondes, à l’exception des flash-back mettant en scène le Kovacs original.

 

Chris Conner dans le rôle de Poe, l’hôtelier particulier…

 

Dommage…

La ligne est fine entre l’ambition et la prétention… elle est ici trop vite franchie : la série se gonfle de sa prétendue intelligence, mais, comme la proverbiale grenouille, éclate de la vacuité relative de son propos en ne traitant jamais à fond la thématique qu’elle prétend nous présenter. Dommage, d’autant qu’elle ne démérite pas en terme de suspense, de rythme et de cliffhangers parfois malins et accrocheurs, mais cela ne suffit hélas pas à pleinement nous satisfaire.

En choisissant de favoriser le spectaculaire — très bien rendu au demeurant — au détriment de la mise en avant d’un univers propice à la réflexion — ce que réussit plutôt bien The Expanse, par exemple — Altered Carbon rate l’occasion de devenir ce qu’elle rêvait d’être : un classique incontournable des séries SF.

 

Éric Delzard

Altered Carbon. Série Netflix. 10 épisodes de 50 minutes

Adaptée par Laeta Kalogridis du roman éponyme de Richard K. Morgan (publication originale 2002, traduction française Bragelone, 2003, prix Philip K Dick 2004, réédition Milady 2008), avec Joel Kinnaman, James Purefoy,  Martha Higareda

 

2 pensées sur “Altered Carbon, cyber-ratage sur Netflix

  • 14 février 2018 à 12 h 46 min
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    Cher Eric, c’est un peu violent comme charge. Cette série a de l’humour (de situation, quand une jeune fille joue avec sa mémé incarnée dans le corps d’un grand barbu tatoué), une réflexion sur l’immortalité et le pouvoir de certains, sur l’intelligence artificielle, sur les clones, etc. Si on est loin de la référence auto-proclamée « Blade Runner », en effet, ce n’est pas si mauvais que cela.
    Quant au jeu des acteurs, certes Joel Kinnaman n’est pas d’une finesse élégante et rare, mais d’abord c’est son personnage (un soldat d’élite…), il n’est pas seul et Purefoy comme toujours est parfait

  • 14 février 2018 à 13 h 14 min
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    Je te l’accorde, c’est loin d’être mauvais (ça n’est d’ailleurs pas ce que je dis). Mais je persiste et signe, les réflexions que tu évoques sont traitées trop superficiellement et/ou de manière déjà vue et lue ailleurs de bien meilleure manière. On reste bien souvent dans le lieu commun sans chercher à dépasser le cliché. Quand au personnage de Kovacs, là encore, je me dois d’insister (rien que pour t’embêter déjà 😉 ), il est bien mieux campé par Will Yun Lee qui lui donne beaucoup plus de densité.

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