Émissaires des morts, au bout de l’univers

Un auteur encore largement méconnu  

On connait ici peu Adam Troy-Castro, auteur américain dont les romans ont pourtant été plusieurs fois nominés pour les prix Hugo et Nebula. En début d’année, les éditions Albin Michel ont publié Émissaires des morts, qui a lui remporté le prix Philip K. Dick en 2009, augmenté de quatre nouvelles mettant en scène le personnage d’Andrea Cort, membre du corps diplomatique de la confédération. Ses missions sont celles d’un représentant en mission, enquêtant sur des crimes commis par des humains sur des extraterrestres en prenant en compte s’il le faut le contexte juridique local. Cort a une particularité : elle a participé enfant à un génocide sur la planète Bocaï. Autant le dire tout de suite : le personnage est raide, misanthrope, caustique et passionnant.    

Une enquête existentielle  

Après avoir sauvé une collègue (Une défense infaillible) et s’être confronté avec des espèces radicalement différentes (Les lâches n’ont pas de secret et Démons invisibles), Andrea Cort est envoyé d’urgence sur un monde cylindre artificiel, « Un un un », où des IA ont créé une espèce nouvelle intelligente, les Brachiens. Ces IA ont accepté que les humains viennent les étudier mais un meurtre vient d’être commis, nécessitant la venue d’une Andrea Cort pas très en forme et tout juste sortie de l’hyper-sommeil. La station d’étude, en forme de hamac, pendu aux frondaisons (des espèces de plantes grimpantes), a de quoi donner le vertige :  

Lâchez-moi.

— Vous sembliez éprouver des difficultés à…

— C’était le cas.

— Il n’y a aucune raison d’avoir honte. L’acrophobie n’a rien de nouveau pour moi…

— J’imagine. Lâchez-moi.

Il me tenait toujours.

— Je connais les signes, Maître. Vous êtes à dix secondes de la crise de nerfs.

— Et vous à cinq de perdre votre main. Lâchez-moi. »  

Dès son arrivée, Cort apprend qu’un deuxième meurtre a été commis. Elle rencontre les membres de l’équipe, s’en met à dos une partie. Sa hiérarchie exige une enquête rapide dédouanant les IA et celles-ci, parfaitement au courant de son passé, lui annoncent que son enquête lui permettra d’identifier ses propres démons invisibles… les choses se compliquent quand Andrea manque elle-même d’être assassinée.  

Un roman foisonnant, dense et passionnant  

Voici un roman qui relève à la fois de la science-fiction, du polar et de la quête existentielle. On est frappés par l’ambition de Troy-Castro. On est aussi ravis de lire un roman qui pose des questions et nous émerveille : l’univers décrit est un monde néolibéral où les individus sont vite broyés et en même temps l’univers décrit est fascinant, c’est le fameux sense of wonder que possédaient des auteurs comme Poul Anderson ou Jack Vance. Le personnage d’Andrea Cort est aussi un des atouts du roman, son humanité tourmentée et son ironie cinglante font d’elle une héroïne paradoxalement très attachante.

L’amateur de science-fiction ne peut qu’être séduit et inscrit donc le nom d’Adam Roy-Castro sur sa liste d’écrivains à suivre.        

Sylvain Bonnet  

Adam Troy-Castro, Émissaires des morts, traduit de l’anglais par Benoît Domis, illustration de couverture de Manchu, Albin Michel « Imaginaire », janvier 2021, 770 pages, 26,90 eur

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