Bandersnatch : quand Black Mirror joue à Twilight Zone !

La série Black Mirror met un pied dans la TV du futur avec Bandersnatch

Effet de surprise garanti, quand Netflix communiqua pendant les fêtes sur un épisode longue durée interactif ! Bandersnatch, c’est son nom, débarqua donc dans la nuit du 26 au 27 décembre. Déjà précédé par une énorme attente. La réputation de la série d’abord, comme moteur principal à l’addiction et donc à l’espoir des fans. Le cadeau traditionnel des meilleures séries !

En effet, sorte de Twilight Zone cyberpunk, Black Mirror a réussi en 4 saisons à produire un contenu quasi miraculeux. Équilibre précis entre anticipation, prospective et SF éxigente, nombre d’épisodes ont marqué les adeptes, geeks ou non, de la popculture. Et sont devenus cultes.

 

La promesse

Alors quand le network, si ambitieux et si vite implanté dans le paysage télévisuel qu’est devenu Netflix, promit une petite révolution…La communauté élargie des fans de série, de genres et de récits furent tout émoustillés.

Voir. Rien moins que l’introduction d’une interactivité en temps réel avec un épisode ! Évolutif, et d’une durée comprise entre 1h30 et 5 heures ! Par l’entremise de sa télécommande, le spectateur commanderait, quand un message le lui proposerait, une option à l’intrigue. Un choix scénaristique tenant du jeu, de la tech en mode cyber, tel un joystick, entre deux propositions. Idée lumineuse, et vertige de puissance garanti.

 

 

Un hyb(r)ide Gaming / Série ?

Donc, ce petit jeu, prouesse logicielle et scénaristique, joue avec les nerfs du spectateur. Mais le diable gît dans les détails. Et les créateurs vont pousser l’effet au maximum. En tissant une intrigue au décor forcément révélateur.

Et quoi de mieux que l’univers du jeu vidéo ? L’Angleterre, période ébullition du gaming indé des 80’s, 1984 qui plus est. Celle qui vit l’explosion des idées, des consoles (ZX, Armstrad…), des moyens, dans un maelstrom propice qui aboutira entre autres à l’émergence ailleurs de la silicon valley et de sa corollaire les Gafas.

Une ère qui vit naître Tron, puis Neuromancien de Gibson et le courant cyberpunk…Les amateurs de SF littéraire et cinématographique, ne seront pas dépaysés. Les anciens comme les nouveaux, car le revival années 80 et le retrogaming semblent bien être les nouveaux babels scénaristiques. De Stranger Things à Ready Player One.

 

Un cyber Choix-peau

Voilà donc Le pitch. Stephen est un geek. Programmeur, il bosse chez lui 24/24 sur le nouveau jeu qui l’obsède. Bandersnatch, référence au livre éponyme, roman SF interactif d’un certain JF Davies. Sorte de PK Dick dont vous êtes le héros, qui a dramatiquement perturbé son auteur. Et fascine depuis le milieu. À tel point, que le jeune nerd cherche aussi à rendre son jeu interactif et imprévisible ET fascinant que l’oeuvre maudite. Et bim, la firme de jeu de son idole peroxydée Colin, Tuckersoft, lui a donné un rendez-vous pour tester son prototype !

Ajoutons une dose de doute sur la santé mentale dudit héros, suite à la perte traumatique de sa mère dans son enfance, et vous aurez le cocktail idéal pour une virée psychédélique ET schizophrénique !

Car, dès lors, le spectateur devient partie prenante de l’histoire. Des options apparaissent vite sur l’écran et ouvrent ainsi le chemin aux arcs narratifs induits par le (double) jeu du récit. En mode poupées gigognes. Un cyber choix-peau en quelque sorte, un Black Mirror Evolution 2.0.

 

Alice in Gamingland : a Christmas Caroll variation

Et les storytellers de nous refaire le coup, encore une fois, d’une énième variation d’Alice in Wonderland. En mode cauchemar. Bandersnatch, d’abord, dont le nom même est issu de l’imaginaire profus de Lewis Caroll. Une créature (improbable forcément) présente dans De l’autre côté du Miroir et son poème mythique Jabberwocky. Néologisme poétique de l’inclassable Lewis Caroll. Traduit parfois par Bandagrippe.

Présents aussi, les symboliques choix « matrixiens » de pilules en mode « mange-moi » (oublions l’inaugural choix de céréales au petit dèj’ ; anecdotique, il permet de s’habituer à la démarche). Drogue psychédélique, forcément, qui précipite, au sens chimique du terme, le personnage dans sa quête. Voir sa chute, dans une boucle sans issue.

Le lapin « blanc » aussi, leitmotiv carolien, est un des fils rouges du récit. Incarné par une peluche, c’est le vecteur du trauma initial et le facteur de l’issue, du destin en mode fatum. Un canevas aux marqueurs sibyllins très anglosaxons, qui a fait florès dans beaucoup de récits (Fredric Brown, Lewis Padgett, Ed McBain, les Montys…).

 

 

Un univers pan-total ?

Mais alors, les scénaristes nous piègent-ils vraiment avec ce plus techno ?

Petit test en mode oui / non :

Option oui :

  • les petits plus, comme les choix de musiques interactives, dans le bus (K7 et Walkman évidemment et sa pop anglaise variétoche : kajagoogoo , ahaha serouisly ? Mais aussi Frankie goes to Hollywood) dans la boutique vinyle WHSmith (Tangerine Dream vainqueur par KO avec Phaedra, tout autre choix serait malvenu ! ), les jeux de pistes avec la psy et Colin, (un combat en mode Ninja improbable, le trip psyché très Timothy Leary), la version parano big brother et la figure du père, la fluidité de l’expérience en smart tv très rapide (si compatible voir plus bas !)…

Option non :

  • les « games overs » / voies sans issues de certains arcs narratifs agacent vite, le ralentissement de l’effet weird de certaines options, clairement placées pour complaire à la tradition de la private joke pour geeks et gamers, la prévisibilité de la fin parano en mode paradoxe et la figure de la mère…

Surtout, le gros bug techno qui a touché nombre d’utilisateurs sur des smart tv, des produits Apple non compatibles, des applis pas à jour etc. qui a produit un bad buzz, un temps parasite.

 

 

 

Un prototype à valider

Quelque soit les imperfections, on ne peut, malgré tout, que tirer un coup de chapeau au résultat. Car il y a comme une jubilation dérangeante à choisir les divergences de l’histoire. De voir Stephen se débattre et crier après l’inconnu qui le persécute. Se surprendre à jouer, à déjouer les pronostics. À refuser de s’enferrer dans ce que l’on croit écrit d’avance. Alors que non. LE démiurge, se joue de nous, pion supplémentaire que nous sommes, qui participe, en complice, à la noirceur de l’obsession du héros.

Et c’est, sans doute aucun, LA plus belle réussite de cet épisode de Black Mirror. Nous faire toucher du doigt, littéralement, le danger des nouvelles technologies, qui avec leur côté voyeur, vont nous donner bientôt un blanc seing, plus si blanc, en attendant un jeu de la mort IRL ? Un miroir noir de nôtre âme.

Alors immanence ou transcendance ? Vous aussi, suivrez-vous le lapin blanc ?

Clapping mérité

 

Marc Olivier Amblard

Black Mirror, Bandersnatch. Plateforme Netflix, de 1h30 à 5 heures  suivant vos choix !

 

 

 

 

 

 

 

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