Batman La Légende – Neal Adams, tome 1

À la fin des années 60, DC Comics décide de transformer Batman. Rappelons que ce dernier est un des personnages les populaires de l’éditeur. Entre 1966 et 1968, les 3 saisons de la série télévisée ont fait connaitre le « Croisé en cape » à la plupart des téléspectateurs, petits et grands. Mais cette version campy du personnage a fait son temps, et DC Comics veut lui donner un coup de neuf. L’éditeur embauche un jeune scénariste, Dennis O’Neil, pour rendre à Batman son aura mystérieuse originelle. Pour ce travail de rénovation, O’Neil peut compter le style révolutionnaire du dessinateur Neal Adams.

 

 

 

Une modernisation pérenne

Jusqu’à son arrivée sur une des séries régulières consacrées à Batman, Neal Adams s’est fait remarquer pour son travail sur The Brave and the Bold (des épisodes réédités dans cet album). Après un passage chez Marvel où il signe une poignée d’épisodes des Uncanny X-Men (1ère série), il arrive sur Detective Comics. Adams et O’Neil vont offrir à Batman bien plus qu’une modernisation ou qu’un relifting. Les deux artistes mettent en place les éléments narratifs et graphiques pérennes qui aboutiront au Batman moderne que nous connaissons.

 

 

Un style moderne en adéquation avec la nouvelle vision du super-héros

Neal Adams apporte à Batman une silhouette grande et puissante que le public des années 70 ne lui connait pas forcément. Pour s’en convaincre, il suffit de feuilleter les Batman de Sheldon Moldoff quelques mois auparavant, toujours inspirés du Bruce Wayne campé par Adam West. Neal Adams apporte dans Detective Comics plusieurs éléments. Et notamment un découpage pour le moins surprenant : les cases ne sont plus sagement rangées dans la planche, mais éclatent littéralement au gré de l’action. Mieux : sous la plume de O’Neil, Batman redevient un détective, plus proche de ce qu’il était aux origines. Visuellement, Neal Adams transforme Batman en une créature de la nuit, une silhouette fugace qui se tapie dans l’ombre. Un retour au noir psychologique, aussi, puisque O’Neil et Adams font de Batman hanté par la doute et la haine. Il combat le crime pas par panache héroïque et naïf, mais pour expier une faute. Ce Batman-ci est confronté à un nouveau monde habité par la violence et le mal.

 

 

Une sélection d’épisodes judicieuse

Ce tome 1 de Batman La Légende – Neal Adams souligne habilement cette transition par une sélection judicieuse d’épisodes. On commence par un Batman globalement naïf et léger (World’s Finest Comics 175 et 176) pour aboutir peu à peu à un Batman plus sombre. Dans cette sélection, Batman croise le temps d’une aventure des personnages DC aussi variés que Deadman (par deux fois), le Creeper, Flash, Aquaman, les Teen Titans, Sgt. Rock ou Green Arrow.

 

 

Man-Bat, double négatif

Le point d’orgue de cet album reste sa dernière partie. Ici, Neal Adams et Denny O’Neil imaginent un nouvel adversaire à Batman particulièrement intéressant (qui n’en manque pourtant pas). Man-Bat symbolise parfaitement la bascule opérée par les 2 artistes sur la manière de présenter le héros. Un savant s’injecte un sérum (provenant de chauves-souris), et se transforme en monstre, mi-homme mi-chiroptère. Comme le suggère son nom, ce Man-Bat est surtout l’incarnation ultime d’un homme chauve-souris avec laquelle Adams peut évidemment graphiquement s’amuser. Mais c’est surtout un double négatif du héros, comme pour rappeler que quelque part les tourments du héros pourraient un jour prendre le dessus et le transformer lui aussi en monstre.

 

Dennis O’Neil, Bob Haney (scénario), Neal Adams (dessin), Batman La Légende – Neal Adams, tome 1, Urban Comics, collection DC Archives, juillet 2018, 368 pages, 35 euros

Une pensée sur “Batman La Légende – Neal Adams, tome 1

  • 14 août 2018 à 9 h 06 min
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    Cet article a le mérite de donner un bon aperçu du génie de Neal Adams, dont je suis un admirateur. Cependant, quelques précisions.
    -D’abord, Adams s’était avant tout fait remarquer par la série Deadman, publiée dans Strange adventures, où il avait montré son sens du découpage et son goût pour les ambiances noires.
    -Ensuite, le scénariste sur les trois épisodes de Man-bat n’est pas Denny O’Neil mais Frank Robbins. S’il est fort possible qu’O’Neil ait conseillé Adams dont il était proche à l’époque, ce n’est pas lui qui a écrit les premières aventures de Man-bat.
    -Enfin, d’un point de vue général, Carmine Infantino (créateur de Deadman), avait déjà bien relancé le côté « détective » de Batman après l’épisode désastreux de la série. Devenu Editeur en chef de DC, il soutient O’Neil et Adams dans leur démarche créative.

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