Conan, Chimères de fer dans la clarté lunaire

Est-ce hasard si le volume de la collection « Conan le Cimérien » le plus féministe a été confié à une dessinatrice ? Artiste émérite, Virginie Augustin s’empare donc de la nouvelle de Robert E. Howard, Chimères de fer dans la clarté lunaire, et parvient à transcrire le rythme et la puissance de ce récit très particulier.

une aventure haletante

Après être sorti de nulle part et avoir sauvé la princesse en détresse, Conan file en pirogue. Ils débarquent sur une île à la végétation luxuriante. Se reposant au sommet d’un temple abandonné, ils assistent à l’étrange messe de créatures diaboliques. Ils sont décidés à fuir, mais se heurtent à des pirates. Conan tue le chef, mais tombe sous le nombre. Et se réveille attaché à une des colonnes du temple, en pleine nuit, alors que les créatures vont sans doute s’éveiller. Libéré in extremis par la princesse, il sortent du temple et sont immédiatement attaqués par un singe gigantesque. Au moment de fuir, ils entendent les créatures démoniaques dévorer les pirates. Alors ils n’ont plus qu’à filer, prendre le bateau quasi désert, et voguer vers de nouvelles aventures !

Ainsi résumée, l’histoire est sans le moindre intérêt, si on la regarde à partir de notre époque, sur-engraissée d’adrénaline. Pourtant, même s’il s’agit d’un récit conçu pour répondre à une demande commerciale, le génie d’Howard est de produire très exactement un cadre pour l’avènement d’un nouveau mythe.

Et la princesse en détresse vint !

Loin d’être l’aventure la plus passionnante de Conan, Chimères de fer dans la clarté lunaire est celle qui fait apparaître pour la première fois la figure de la princesse en détresse. Comme le rappelle Patrice Louinet dans son étude toujours aussi éclairante, c’est l’entrée dans l’univers d’Howard d’un nouvel archétype. Jusque là, les femmes rencontrées par Conan n’étaient pas de frêles créatures ! Et Conan, dans cette histoire, va lui-même se limiter à être l’archétype du barbare, aventurier, pirate, combattant, force brute sans âme.

Si Conan est un accessoire, si les décors et les adversaires sont déjà connus, c’est pour mettre le lecteur en situation de comprendre que le héros de cette aventure, c’est la princesse à sauver. Elle existe pourtant autrement que comme sujet de quête, elle sauve même Conan ! Tout est en place pour qu’advienne un nouvel archétype.

En cela, et parce que c’est une aventure épique et de pure action, Chimères de fer dans la clarté lunaire est un moment important dans la bibliographie d’Howard.

Et la force des dessins de Virginie Augustin confirme le rythme et immerge le lecteur dans l’action pure, violente et jouissive. Une grande réussite.

Loïc Di Stefano

Virginie Augustin, Chimères de fer dans la clarté lunaire, d’après l’œuvre de Robert E. Howard, présentation de Patrice Louinet, Glénat, « Conan le cimérien », 72 pages, mai 2019, 14,95 eur

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