Le mythe de la Grèce blanche, histoire d’un rêve occidental
Voici la réédition d’un livre de Philippe Jockey, professeur d’histoire de l’art et d’archéologie du monde grec à l’université Paris Nanterre, paru originellement en 2013 chez Belin. Son sujet est simple : la Grèce blanche est un mythe !
Des couleurs grecques occultées

De la Renaissance au milieu du XXe siècle a prévalu l’idée d’un art grec blanc (et on ne tardera pas à parler d’une Grèce blanche, le racisme n’est pas loin) alors que l’archéologie a vite mis à jour des statues et des frises avec des traces de couleurs : c’est en effet la polychromie qui caractérisait l’art de la statuaire grecque des Ve et IVe siècles avant notre ère. Alors pourquoi le blanc ? La faute en partie aux Romains qui, au fur et à mesure qu’ils exécutaient des copies, les laissaient dans un blanc immaculé. Certains chrétiens ont aussi « gratté » les couleurs… A la Renaissance, on retrouve d’abord des statues d’époque romaine puis viennent les statues grecques. C’est un enchantement esthétique devant ces statues de marbre blanc. Et lorsqu’on en découvre avec des traces colorées, on les « nettoie ».
Orient et Occident, obsession de la blancheur
Très vite, on découvre les frontons d’Egine, les Korai de l’Acropole, statues colorées enterrées en – 480. Des savants battent en brèche ce mythe de la Grèce blanche. Mais la majorité des scientifiques y voient alors l’influence d’un Orient bariolé, différent, sémitique (Gobineau n’est pas loin), aussi attirant que répulsif. La Grèce est devenue le berceau des origines de l’Occident, sa blancheur (monuments, statues, paysages) est un écho de la puissance de la race blanche, aryenne sur le monde. On voit le dégât d’un tel discours… Ce mythe qui perd de sa puissance après la seconde guerre mondiale mais reste toujours présent, comme le conclut l’auteur, lors de la crise de la dette grecque.
Excellent essai.
Sylvain Bonnet
Philippe Jockey, Le mythe de la Grèce blanche, Alpha « histoire », mai 2025, 365 pages, 10 euros
