Les Envolés, la chute de l’Icare moderne

Le 4 février 1912. Franz Reichelt se tient debout sur une chaise, elle même sur une table, laquelle est posée sur la plateforme du premier étage de la Tour Eiffel. Il veut tester une combinaison d’homme volant. L’époque est aux aéroplanes, Blériot est un héros, c’est le temps des faucheurs de marguerites. Mais c’est le jour où va s’écraser. Chute libre de 57 mètres… Étienne Kern raconte son histoire dans Les Envolés, le roman vrai d’un doux rêveur.

Une longue envolée

Franz Reichelt aura suivi une longue route vers son exploit raté. Né en 1878 dans ce qui sera plus tard la République tchèque, il vient à Paris en 1900 pour vivre son rêve : travailler comme tailleur pour dames dans la capitale. Sa route croise un autre migrant, couturier également, qui va lui permettre de trouver son premier emploi, devenir son ami, puis faire fortune… et tout investir pour son rêve, celui d’une époque également : l’aviation. Le lecteur est plongé dans l’effervescence d’un monde qui s’arrache enfin à la pesanteur, avec ses héros et ses perdants, ses grandes expositions et le rêve de chacun d’atteindre les nuages.

A son tour, Franz Reichelt va se consacrer à la folie qui va le rendre célèbre, et voler aussi, mais sans machine. Et s’écrouler au bas de la Tour Eiffel, devant un parterre de badauds effarés. Si la chute du roman est connue, les raisons de cette folie sont à chercher, peut-être, dans la défenestration d’êtres chers à son qui le hante. Combattre la gravité, comme une vengeance sur la vie. Ou bien n’est-ce qu’une mascarade pour suivre leur chemin et s’offrir une fin similaire ?

Etienne Kern tisse l’histoire de son héros modeste et pensif avec celle de l’époque, toute de folie et d’exubérance. Les Envolés est un roman court et prenant, d’une belle douceur dans l'(écriture aussi bien que les sentiments avoués par l’auteur sur son sujet, qui fait entrer dans l’âme d’un homme qui a voué sa vie à son rêve.

Loïc Di Stefano

Etienne Kern, Les Envolés, Gallimard, « folio », juin 2023, 158 pages, 7,50 euros

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