Pensées collées de Georges Perros

Un itinéraire singulier

Georges Perros est pensionnaire de la Comédie française, lecteur auprès de Jean Vilar, il est proche d’acteurs connus comme Gérard Philippe, il est aussi lecteur à la NRF quand, à l’âge de trente-six ans, il quitte Paris pour Douarnenez. Il y vit jusqu’à son décès, dans l’éloignement, le refus des mondanités, et dans une pauvreté qu’il assume le plus gaiement possible. Il devient une figure idéale pour les artistes parisiens qui l’honorent tout en se gardant bien de l’imiter…

Jean-Pierre Siméon, troisième poète français à recevoir le Golden Wreath Award après Eugène Guillevic et Yves Bonnefoy, ancien directeur artistique du Printemps des poètes, aujourd’hui directeur de la collection Poésie/Gallimard se livre ici à un authentique exercice d’admiration. Il a choisi, parmi les milliers de pages de Georges Perros, trois cent cinquante fragments qui illustrent, dit-il, « ce vœu ardent qui sous-tend toute l’œuvre » et qu’il définit ainsi :

« Vivre une vie intense et libre au plus près du réel, au cœur de la vie ordinaire, au diapason de la poésie ».

Une œuvre en morceaux

Bien que, selon Siméon toujours, il aurait refusé de « faire œuvre » : ses pensées sont des notes prises sur le vif, au débotté, qui ont néanmoins fait l’objet de son vivant de deux tomes publiés par Gallimard, sous le titre de Papiers collés. Ces notes tiennent parfois de Cioran pour leur impertinence et le goût du paradoxe, de Queneau pour leur apparente simplicité. Exemples :

Le génie vient d’une impuissance fondamentale congénitale à savoir et pouvoir parler comme tout le monde

Ou encore :  On peut avoir du génie et être un imbécile. Le contraire est impossible, pour le premier de ces deux auteurs

Et : La poésie, c’est l’indifférence à tout ce qui manque de réalité pour le second…

On aurait envie de citer toutes les notes, presque, mais cela remplacerait un livre que le lecteur compulsera avec plaisir, au gré des pages, comme elles sont venues à Georges Perros au gré des hasards. Encore une cependant, un coup de griffe à l’adresse de Rimbaud : La vraie vie peut être ailleurs. Mais l’existence est ici.  

Georges Perros a quitté son poste de lecteur aux éditions Gallimard en 1974, après quoi Gallimard ne l’a plus édité. Il fut alors publié en Bretagne, par Calligrammes. Maintenant qu’il est mort, Gallimard est revenu vers lui en publiant ses œuvres dans sa collection « Quarto », en 2017. Avis aux amateurs : les éditions Finitude ont publié récemment plusieurs de ses œuvres posthumes.

Pour clore cet article, je citerai encore une note, elle me semble être la devise de vie de Perros : Sauver le monde par le bas. Et la dernière du livre, choisie par Siméon, qui semble préciser la précédente : Ne pas s’approprier, mais prendre part.

Mathias Lair

Georges Perros, Pensées collées, (édité par Jean-Pierre Siméon), Gallimard/Folio, janvier 2026, 80 pages, 3 euros

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