Le RPR, une certaine idée de la droite
Auteur des Barons du gaullisme (Passés composés, 2024) et d’une biographie de Charles Pasqua (Passés composés, 2025), Pierre Manenti revient en ce début d’année avec un nouvel ouvrage d’histoire politique consacré au RPR, le parti néogaulliste fondé par Jacques Chirac en décembre 1976. Un parti dont beaucoup à droite et à l’extrême droite revendiquent aujourd’hui l’héritage…
Le parti de Jacques Chirac

De fait, le RPR prend la suite de l’UDR et de tous les autres partis gaullistes fondés après la Libération. Il en récupère les militants, les barons, les réseaux et des discours. Mais le RPR est d’abord et avant tout un mouvement fondé avec un sérieux coup de main de Charles Pasqua pour servir l’ambition politique d’un homme, Chirac, qui a démissionné avec fracas de ses fonctions de premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing. Le RPR ne sera jamais un parti monolithique, nombreux seront ceux qui au final limiteront la fronde chiraquienne, de Guichard à Peyrefitte en passant par Chaban. Mais Chirac sait comme nul autre mobiliser les militants. Son charisme et ses qualités de bretteur, son combat de plébéien contre le patricien Giscard font oublier ses virages idéologiques, ses changements de discours. Et en 1981, il sera le faiseur de rois, faisant voter beaucoup de militants pour Mitterrand. Il avait raison, il y a gagne l’hégémonie sur la droite, remise en cause très brièvement par Balladur.
Un parti attrape-tout
La force du RPR est aussi d’avoir su incarner avec panache une droite populaire, attaché à l’état providence (c’est ici l’apport d’une figure majeure du parti, Philippe Séguin). Le RPR séduit le petit peuple de droite, jusqu’à une frange de la classe ouvrière. S’il adapte son discours au reaganisme des années quatre-vingt, Chirac reste très populaire, ouvert aux revendications sociales (surtout si on compare à l’UDF). Le RPR est aussi un parti souverainiste et patriote. Chirac, après l’échec de l’appel de Cochin et des élections européennes de 1979, entame un virage pro-européen mais le parti reste déchiré sur la question : c’est tout l’enjeu du débat sur la ratification du traité de Maastricht où Séguin porte une voix singulière, encore aujourd’hui. Le RPR doit aussi supporter la concurrence du FN, particulièrement sur l’immigration.
Vers la fin
Après la défaite de 1988, Chirac finit par être élu en 1995 : le RPR peut-il survivre à cette victoire ? UDF et RPR finissent par de plus en plus se ressembler, au grand de Séguin et de Pasqua. La faute à l’Europe, Chirac ayant choisi de se faire élire avec les voix du centre sur l’avis de ses conseillers (dont Juppé). Lorsque la dissolution ratée de 1997 (Avant de dissoudre, toujours bien réfléchir si les électeurs vont bien comprendre pourquoi, à bon entendeur…) ramène Jospin à Matignon, Séguin s’empare du RPR. Il tente de le réformer, de revenir à la source gaulliste mais le jeu des alliances électorales, la relation personnelle compliquée avec Chirac, le choix de l’Europe finissent par le pousser à jeter l’éponge. Michèle-Alliot-Marie, personnalité de deuxième ordre, ne sauvera pas le RPR, empêtré de surcroit dans un grand nombre de scandales financiers… En 2002, c’est la naissance de l’UMP. Pourtant, bien des analystes politiques voient aujourd’hui que la disparition du RPR a favorisé au fond le FN/RN, sauf pendant les années Sarkozy. Preuve que ce parti était essentiel à la vie politique française ?
Ce livre de Pierre Manenti est intellectuellement stimulant.
Sylvain Bonnet
Pierre Manenti, Le RPR, une certaine idée de la droite, Passés composés, janvier 2026, 450 pages, 25 euros
