Mr Gwyn, l’homme qui ne voulait plus écrire

Alessandro Baricco cultive de multiples talents : il est musicologue, homme de théâtre, essayiste, et auteur de quatorze romans… est-ce pourquoi le personnage de Jasper Gwyn est un romancier qui décide de ne plus écrire ?

Jasper Gwyn est un auteur connu et reconnu, un jour sa condition lui pèse. Les interviews à la télé, c’est lassant, on le reconnait dans la rue, il doit être aimable, disert avec tous, notamment ses confrères qu’il est loin de tous estimer… Ce qu’il a réussi le tue, il s’en sent prisonnier… Il envoie un article pour le journal The Gardian où il décrit les cinquante-deux choses qu’il ne fera jamais plus… la dernière étant : écrire des livres. Puis, il disparait, notamment au grand désespoir de son agent littéraire…  Bien sûr le livre ne s’arrête pas là, il réapparait, désœuvré. Il décide de devenir copiste, dit-il… en fait portraitiste. Mais au lieu de tenir un pinceau, c’est un stylo : il rédige les portraits de personnes qui viennent poser nues dans son atelier… Il copie les gens, dit-il. Il est impossible de dévoiler plus de l’intrigue sans désamorcer le plaisir du lecteur… disons qu’elle est intrigante !

Alessandro Baricco écrit des romans de pure fiction. Rien de naturaliste, de documentaire, de démonstratif chez lui. Avec lui on plonge dans un imaginaire d’une absolue originalité, dans un climat où il a l’art, fait rare, de mêler le poétique à l’ironie. Chez lui, on retrouve les joies étranges que l’on a pu connaitre lorsque, enfant, on écoutait une fable. Si dans ce roman on découvre quelque chose, ce serait la condition de l’artiste, sous la forme ici de la folie des lettres qui occupe l’étrange Mr Gwyn…

« Jasper Gwyn incarne le fantasme de tout écrivain :

le désir d’écrire dans une situation de pureté absolue,

a expliqué Alessandro Baricco. Écrire dans une solitude totale un texte destiné à une seule personne est la quintessence du métier d’auteur. »  Selon lui, son personnage de Mr Gwyn représente un monde artistique en voie de disparition. « Voilà pourquoi, dit-il, Mr Gwyn termine son existence comme un clandestin dans un monde qui n’est plus le sien. »

Comme autre exemple de fête de l’imaginaire on peut lire aussi, de l’auteur, « Novecento : pianiste » paru dans la collection Folio. Né lors d’une traversée, à trente ans Novecento n’a jamais quitté le paquebot où il a vu le jour. Il passe sa vie les mains posées sur les quatre-vingt-huit touches noires et blanches d’un piano, à composer une musique étrange et magnifique, qui n’appartient qu’à lui : la musique de l’Océan… Un jour il est provoqué en duel musical par un autre pianiste… Le roman a été adapté à l’écran, la version française s’intitule La Légende du pianiste sur l’océan.

Le roman est publié dans une collection bilingue qui permet d’avoir en regard les textes italien et français.

Mathias Lair

Alessandro Baricco, Mr Gwyn, traduit de l’italien de Lise Caillat, Gallimard, Folio bilingue, février 2026, 352 pages, 11,20 euros

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