Noir Diamant de Jean-Hugues Oppel, espionne et tais-toi

Un pilier du roman noir français

Auteur du remarquable French Tabloïds (Rivages, 2005) mais aussi de polars extrêmement efficaces comme Barjot ! (Gallimard, 1988), Ambernave (Rivages, 1994) ou Six-Pack (Rivages, 1997), ce dernier adapté au cinéma en 2000 par Alain Berbérian, Jean-Hugues Oppel est incontestablement une des valeurs sûres du polar français. Notons aussi qu’il est capable de beaucoup d’humour, noir bien sûr, comme il l’a démontré avec Réveillez le président ! (Rivages, 2007). Il a publié l’année dernière un roman d’espionnage, Noir Diamant, plutôt décapant comme on va le voir.

Lucy reposait au milieu du jardin. Elle ne voyait rien. Elle n’entendait rien. Elle savait qu’elle devrait bouger. Ne pas s’attarder. Encore une minute monsieur le bourreau.  Devenir une légende n’est pas donné à tout le monde ; cela mérite un minimum d’égards, non ?

L’espionne parfaite

Analyste à la CIA, ravissante aussi (cela ne gâte rien), Lucy Chan survit à une explosion dans l’est de la France qui aurait dû la tuer, commanditée par… Son employeur. Lucy survit, gagne une planque et fait croire à sa mort, tout en contactant sa formatrice, Darby Owens. Cette dernière, devenue sous-directrice à la CIA voit tout de suite l’utilité de Lucy, une agente fantôme et potentiellement autonome à cent pour cent. Ça tombe bien : un des anciens amants de Darby, Chadwick Anderson, de la Homeland Security, vient lui demander son aide. Deux têtes nucléaires d’origine soviétique, passées par l’Iran, viennent de refaire surface en Europe et sont susceptibles de passer dans n’importe quelles mains. Et Anderson aimerait un coup de pouce de la CIA. Darby Owens accepte et sollicite Lucy à qui elle adjoint un agent de la DGSE. Ça promet !

De l’humour et du sérieux

Avec Noir Diamant, le lecteur se détend. Oppel a plus que du métier, c’est l’humour et une certaine distance à l’évènement qui le caractérisent. Ici, on a affaire à un roman d’espionnage où l’Amérique est dotée d’un président stupide (Trump, où es-tu ?), où les services secrets s’arnaquent mutuellement et où les espions sont dépassés. Ah oui, le roman place des femmes comme héroïnes et c’est très bien fait : on adore Lucy et Darby. Et Lucy se voit ensuite envoyée à Wuhan sur une sombre histoire de virus… Notre auteur frappe juste et bien et nous donne un vrai roman noir, ce qui n’exclut en rien les éclats de rires et aussi une certaine tristesse.

Noir diamant d’Oppel ? On en redemande.

Sylvain Bonnet

Jean-Hugues Oppel, Noir diamant, La manufacture aux livres, mai 2021, 308 pages, 19,90 eur

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