Danton, bonhomme ou démon
Historien et romancier français, Jean-Paul Desprat est l’auteur de nombreuses biographies remarquées, celle d’Henri IV, roi de cœur (Tallandier, 2018) qui a remporté un certain succès. Le voici qui s’intéresse à la figure très controversée du révolutionnaire Georges Danton.
L’homme de la Révolution

Son itinéraire interpelle. Juriste, se piquant avant 1789 d’une particule (il signait d’Anton), Danton est un avocat parmi d’autres à Paris quand éclate la Révolution. Sans être député du Tiers, il se fait remarquer par sa capacité oratoire : Danton sait haranguer, que ce soit devant les Jacobins ou devant une foule parisienne de sans-culottes. Georges, c’est l’idole du peuple. Politiquement, il est celui qui défend la Révolution et le peuple contre les aristocrates… tout en étant proche des soutiens du duc d’Orléans, la fameuse “faction d’Orléans”. Son compagnonnage avec Robespierre durera longtemps, tant les deux hommes apparaissent complémentaires. Danton est en tout cas un homme qui aime la vie, les gens, les femmes, A-t-il touché des fonds de la liste civile ? C’est possible, il n’aurait pas été le seul. Ministre de la justice après le 10 août, il laisse faire les massacres de septembre. Certainement peu favorable à un procès du Roi, il part en Belgique quand Dumouriez gagne à Jemmapes. A-t-il essayé de sauver Louis XVI ? il vote la mort, espérant certainement contenir la Convention et sauver Marie-Antoinette. Danton n’aime pas la violence, contrairement à d’autres, mais, s’il sent qu’il ne peut l’empêcher, il laisse faire.
Vers la guillotine
Au fond, il aurait dû s’entendre avec les Girondins… Mais trop de conflits, de non-dits, d’incompréhensions comme le montre Jean-Paul Desprat l’éloigne de Vergniaud et de ses amis. Danton se sait aussi sous pression après la trahison de Dumouriez. Il laisse faire le coup contre les Girondins (il aurait préféré qu’ils se retirent), essaie de réintégrer le comité de salut public, engage la lutte contre Hébert et les siens et soutient Camille Desmoulins et sa feuille « le vieux cordelier ». S’il a compris sa rupture avec Robespierre, Danton l’a en tout cas sous-estimé sur un plan tactique quant au moment choisi pour le mettre en accusation. Si Danton apparaît comme une personnalité hors normes, on peine en tout cas en lisant cette biographie très détaillée à comprendre le « dantonisme ». Livre en tout cas passionnant.
Sylvain Bonnet
Jean-Paul Desprat, Danton, éditions du Rocher, janvier 2026, 460 pages, 24 euros
