Au-delà du Mur, mémoire de la RDA
Voici l’histoire d’un état oublié et tombé dans l’oubli, la RDA. C’est l’historienne germano-britannique Katja Hoyer, également chroniqueuse pour le Washington Post, qui a écrit Au-delà du Mur, titre évocateur.
La naissance d’un autre état allemand

Katja Hoyer a mené de nombreux entretiens de témoins de cette histoire, elle a aussi épluché les archives. L’histoire de la RDA commence au sein du parti communiste allemand, le KPD de la république de Weimar où des gens comme Walter Ulbricht commencent leur carrière : l’avènement du nazisme en 1933 les pousse à l’exil en URSS. Après quelques années paisibles, Staline va lors des grandes purges se déchaîner contre eux. Entre les exécutions et le Goulag, il ne va rester que quelques militants fanatiques dévoués au Vojd. Dès la capitulation du Reich entériné, Ulbricht et les siens débarquent à Berlin. Ils fondent des journaux, font de la propagande. Mais ils ne sont qu’une carte dans le jeu de Staline qui n’a pas encore entériné la division de l’Allemagne. C’est la montée de la guerre froide, les tensions autour de Berlin et la fusion des zones occidentales qui vont amener l’URSS à favoriser la naissance de la RDA. Mais longtemps, la RDA n’est qu’une carte dans le jeu soviétique. Après la mort de Staline en 1953, Beria proposera une Allemagne unifiée et neutre en échange de la Détente… avant que Khrouchtchev ne le fasse exécuter. Il faut dire que l’URSS avait cru au pire lors de la révolte des ouvriers est-allemands en juin 1953, réprimée dans le sang…
Un état entre deux postures
La RDA a ensuite toujours navigué entre deux tentations : celle de la fidélité au camp soviétique et celle de constamment améliorer le sort de la population. Après tout, l’Allemagne est la patrie de Marx et il est normal que la RDA devienne un paradis socialiste. De fait le niveau de vie s’améliore dans les années 1960 et l’économie progresse, malgré les « tributs » soviétiques. L’érection du Mur de Berlin contribue à stopper l’émigration vers la RFA au prix de drames humains. Katja Hoyer démontre en tout cas combien la majeure partie de la population est-allemande trouve son compte dans le système communiste. A cause des avantages sociaux ? Du plein emploi ? De la mobilité sociale et de l’accès à l’enseignement supérieur ? Un peu de tout ça. Reste que tous regardent la télévision de l’Ouest, achètent des produits de l’Ouest dans une chaîne spéciale de magasin et subissent la surveillance de la Stasi. Honecker, successeur d’Ulbricht et communiste bon teint, cherche à sauvegarder le dialogue interallemand issu de l’ostpolitik de Willy Brandt, contre le vœu de Moscou, par nationalisme… et par intérêt : dans les années 1980, la RDA emprunte à la RFA pour maintenir son économie. En 1989, cependant, le système soutenant la RDA s’effondre.
Katja Hoyer dresse le portrait avec talent le portrait de cet état et de sa population, dont une bonne partie a déchanté après la réunification dans la décennie 1990. L’ensemble passionnera le lecteur, même si peut ici et là déplorer trop d’empathie (il y a un aspect mémoriel dans ce récit) : la RDA, certes, n’avait rien du IIIe Reich mais était bien une dictature.
Sylvain Bonnet
Katja Hoyer, Au-delà du Mur, traduit de l’anglais par Martine Devillers-Argouarc’h, Passés composés, janvier 2025, 432 pages, 26 euros
