L’attention pure de Simone Weil

Quelle vérité ?

Simone Weil nait dans une famille cultivée et agnostique, en 1909. À l’âge de seize ans elle est en hypokhâgne, au lycée Henri IV. On la repère facilement sur la photo de classe : elle est la seule fille. Elle a déjà lu le Capital de Karl Marx. Son frère André avait passé son bac à treize ans, il sera un membre fondateur du groupe Bourbaki.  On connait notamment ses travaux sur les variétés abéliennes et les courbes algébriques, il a reçu plusieurs distinctions prestigieuses. En 1934 et 1935, Simone travaille en usine comme manœuvre dans l’entreprise Alsthom, puis chez Renault. En 1936, elle s’engage aux côtés des républicains dans la guerre d’Espagne. Syndiquée, gréviste, militant dans des groupes de tendance anarchiste, elle est qualifiée de « vierge rouge ». En 1940, elle rejoint de Gaulle à Londres.

Philosophe, Simone Weil nourrit depuis toujours un rapport passionnel à la vérité. À l’âge de vingt-neuf ans, suite à une crise mystique, elle croit trouver des réponses dans le christianisme.  « Le Christ lui-même est descendu et m’a prise », dit-elle. Elle décède cinq ans plus tard d’une tuberculose que les privations qu’elle s’impose n’ont fait qu’aggraver.

Au bout de l’attention, l’extase

On peut penser que le Christ est le seul amant qu’elle ait connu. « Reprocher à des mystiques d’aimer Dieu avec la faculté d’amour sexuel, c’est comme si on reprochait à un peintre de faire des tableaux avec des couleurs », écrit-elle. Pour elle, un vrai peintre est celui qui, à force d’une attention ardente, devient ce qu’il regarde : alors la main qui tient le pinceau bouge d’elle-même… La beauté dispose l’esprit à tomber amoureux du mystère inexplicable qu’il rencontre, explique Thomas Dommange, le préfacier.  Il ajoute : « elle [la beauté] le place dans un état de contemplation érotique ».

Les textes de ce petit livre consacré à l’« attention pure » sont extraits des Œuvres complètes publiés chez Gallimard. Pour Simone Weil, l’attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable par son objet. Elle écrit : « L’attention, à son plus haut degré, est la même chose que la prière. »

Mathias Lair

Simone Weil, L’attention pure, préface de Thomas Dommange, Rivages, collection « Petite Bibliothèque »,  novembre 2025, 112 pages, 7,50 euros

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