Letizia Bonaparte, la mère de Napoléon
Historienne, biographe de l’Aiglon (Tallandier, 2020) et vice-présidente de l’institut Napoléon, Laetitia de Witt a aussi une particularité : elle descend directement de Jérôme Bonaparte, le plus jeune des frères de Napoléon. Elle a là choisi de consacrer une biographie à un personnage centrale de la vie de Napoléon : sa mère, Letizia.
Une femme corse

Très longtemps réduite à des stéréotypes, critiquée pour sa supposée ladrerie ou admirée pour sa beauté qui faisait chavirer le cœur du vicomte de Marbeuf (fut-il le père de Louis ?), Letizia Bonaparte demeure au fond largement méconnue. Il faut passer par les sources, souvent indirectes pour reconstituer la vie de la jeune demoiselle Ramolino, plus instruite que la moyenne et mariée très jeune à Charles Bonaparte, un jeune homme bien en vue auprès de Pascal Paoli, l’homme fort d’une île en rébellion contre Gênes. Letizia fut probablement amoureuse de son mari, parfois volage, et enchaîne les grossesses et les fausses couches, jusqu’à la naissance de Joseph et bien sûr de Napoléon. Letizia est une mère, elle se consacre à l’éducation de ses enfants. Elle se montre stricte, tout en les choyant parfois, signe que le XVIIIe siècle marque une évolution dans les rapports entre parents et enfants (la mortalité infantile n’aidait pas à l’attachement). Letizia seconde aussi son mari dans ses efforts d’ascension sociale. Il réussit à placer Joseph et surtout Napoléon sur le continent, obtient des bourses, se lance dans la culture des mûriers… et meurt très jeune : ce sera donc à sa femme de veiller sur leur progéniture. La Révolution arrive et malheureusement la voilà qui quitte son île…
Mère d’empereur… jusqu’au bout
Madre corse, Letizia Bonaparte a élevé ses enfants… et veillera sur eux jusqu’au bout. Cela n’empêche pas les rebuffades, Napoléon la met devant le fait accompli en épousant Joséphine. Mais elle les protège s’il le faut de son impérial fils, comme Lucien qui a le tort d’être un rebelle inconsidéré. Napoléon la comble de bienfaits mais elle reste de marbre devant Joséphine et plus tard devant Marie-Louise : un monde sépare la femme corse de la princesse autrichienne. Letizia traverse l’Empire avec prudence. En 1814, elle est sur l’île d’Elbe avec son fils. Drôle de relation entre eux ! les voilà en train de jouer au reversi où elle gagne souvent… Mais Napoléon repart pour sa dernière chevauchée, qu’elle accompagne jusqu’à l’échec. Après Waterloo, en exil à Rome, exaspéré devant les caprices de Louis, elle se prend d’affection pour Hortense de Beauharnais, plus courageuse qu’elle ne l’aurait pensé et fidèle à son beau-père. On connaît la suite, avec la mort de Napoléon, de Pauline, de l’Aiglon…
Letizia vieillit à Rome, protégée par le pape. On l’admire de loin, on la redoute encore. Elle meurt octogénaire, aveugle mais toujours fière. Une femme sensible, une femme imperturbable devant les vicissitudes du monde. Beaucoup de courage aussi.
Excellente biographie.
Sylvain Bonnet
Laëtitia de Witt, Letizia Bonaparte, Tallandier, novembre 2025, 496 pages, 25,90 euros
