Mondes de poche, et si…?
Autrice d’une trentaine de nouvelles et de novellas, Brenda Peynado enseigne l’écriture créative à l’université de Floride du Sud. Mondes de poche est sa première histoire traduite en français.
À travers les mondes, l’humain
« Ma vieille montre vibre et s’allume, ayant reçu un message du central de l’institut, en ce matin où je fête mon trente-huitième anniversaire. Un drone frutero aux pattes frêles me tend une mangue par la fenêtre ouverte. Je tends quant à moi mes paumes ouvertes comme en supplique. Gros et lourd, le fruit tombe dedans. C’est une nouvelle sous-espèce au prix exorbitant cultivée dans MDP 3751, possession de l’United Future Fruit Company. »

Saint-Domingue, dans le futur… Raquel et son épouse Marlena travaillent pour l’institut, organisme chargé d’explorer les mondes de poche, des univers parallèles aux richesses insoupçonnées qui ont une caractéristique commune : le temps s’y écoule à des vitesses variables, pas du tout synchronisé avec la Terre. Un jour, Raquel se lève, va embrasser la fille qu’elle élève avec Marlena et… tombe dans un de ces mondes de poche pour y sauver un enfant. Quand elle réussit à en ressortir, quarante ans se sont écoulées, sa fille est morte juste après sa disparition. Le choc est trop grand pour Marlena, qui l’avait accompagné malencontreusement : elle disparait dans un autre monde parallèle. Le monde est aussi devenu plus dur, livré au capitalisme le plus débridé. Raquel est une étrangère. Si seulement elle pouvait changer le cours des choses… Un monde plus juste est-il seulement possible ?
Un récit à prendre ou à laisser
Mondes de poche a remporté le prix Philip K. Dick en 2025, preuve de l’impact d’un texte qui brasse beaucoup de thèmes : univers parallèles, paradoxes temporels, choix impossibles, cauchemar néolibéral… Le récit est effectivement très ambitieux, mariant une critique du monde avec aussi une envie de rattraper ses erreurs, de les renverser. Qui n’a pas eu envie un jour de revenir en arrière et de corriger une erreur tragique ? Mondes de poche parle aussi de cela. Beaucoup ont aimé, beaucoup aimeront et c’est normal car l’histoire proposée par Brenda Peynado surprend et émeut.
Sylvain Bonnet
Brenda Peynado, Mondes de poche, traduit de l’anglais par Gilles Goullet, Le Bélial « une heure-lumière », illustration de couverture d’Aurélien Police, mai 2026, 192 pages, 13,90 euros
