Neige de sang, conte fantastique japonais
C’est l’été, et le port de Shikomi, autrefois dynamique, est paisible. Il a perdu sa vie avec le départ de ses habitants vers la ville et l’arrivée du chemin de fer qui va trop vite pour que les voyageurs s’installent à l’auberge, jadis bouillonnante d’activité. C’est en ses murs que les habitants vont se réunir, à l’abri du mal qui rôde, car le bouleversement météorologique n’est qu’un signe annonciateurs, et le huis-clos va vite devenir angoissant. C’est ainsi que s’ouvre Neige de sang du trio Rurik Sallé, Corbeyran, Jef.

un été sous la neige
Le premier jour de cette histoire, qui en compte sept, sert à installer l’histoire du village et de ses habitants. Mais dès le lendemain, la nuit règne en plein jour et la neige se met à tomber abondamment. L’hiver le plus rude s’est installé en une nuit et isole le village. Les habitants et le lecteur sont jeté dans une ambiance fantastique que viennent alourdir des traces de sang, puis des cadavres. Quelle est la cause de tout cet effroi ?
Une légende évoque ces rōnins, samouraïs sans maître, qui erraient, et dont le passage dans le village il y a plusieurs centaines d’années s’est mal terminée. Mais ces fantômes peuvent-ils à ce point être maléfiques ? Pourquoi sont-ils revenus ? Et quelle force pourrait s’opposer à eux ?

d’un amour absolu
Si l’on suit tous les personnages, l’intrigue est centrée sur le couple formé par le jeune Takashi et sa chérie Sayori. Ce sont eux qui vont mener l’enquête historique liée aux rōnins et au village, et découvrir que toute l’histoire cache une malédiction et un amour absolu. La beauté dans l’effroi.
Mêlant habillement l’ambiance fantastique nourrie notamment de Stephen King (dans ses romans Brume ou Dôme) et de son art du huis-clos angoissant, à un Japon médiéval riche de légendes noires, Neige de sang est un album vraiment réussi. Sept jours, sept chapitres pour exposer ce conte noir. Les illustrations sont magistrales, le lecteur habite littéralement chaque page. Grande réussite, Neige de sang parvient à poser rapidement une ambiance de laquelle on sort à regret, et des personnages, les principaux et les autres, qu’on quitte à regret.
Loïc Di Stefano
Rurik Sallé (histoire originale et scénario), Corbeyran (scénario), Jef (illustrations), Neige de sang, Ankama, janvier 2026, 80 pages, 18,90 euros
