Les femmes entrent en révolution, un tournant ?

Docteur en histoire, Loris Chavanette a signé de nombreux ouvrages réussis sur la période révolutionnaire, dont Danton et Robespierre (Passés composés, 2021) et Le 14 juillet de Mirabeau (Tallandier, 2023). Ici, il a choisi de se pencher sur les journées des 5 et 6 octobre 1789 qui ont vu les femmes (lavandières, poissardes…) de Paris aller à Versailles pour réclamer du pain… et finir par ramener Louis XVI et sa famille aux Tuileries.

Un évènement imprévisible ?

On a longtemps vu la patte du duc d’Orléans, futur Philippe Egalité, dans cette manifestion des femmes quittant Paris pour Versailles. Loris Chavanette ne se prononce pas sur ce sujet. Il préfère revenir sur le temps long, signaler que nombre de ces femmes qu’on désigne sous le terme de « poissardes » sont déjà venues à Versailles lors de la naissance des dauphins royaux : elles connaissent donc le chemin. Il rappelle aussi combien le ravitaillement en blé de Paris est difficile en cet automne 1789, poussant nombre de familles dans la disette, avec les conséquences qu’on imagine. Or la monarchie, dans un imaginaire imprégné des temps médiévaux, se doit d’assurer à ses sujets parisiens d’avoir de quoi manger. Ceci alimente des esprits surchauffés par des orateurs révolutionnaires (et là on retrouve le fameux parti d’Orléans) depuis le début de l’année 1789. Sans compter l’effet désastreux du banquet des gardes du corps où la cocarde tricolore aurait été foulée aux pieds de la reine…

L’irruption des femmes

Loris Chavanette préfère concentrer son attention sur ces femmes qui prennent la route de Versailles pour chercher du pain. Parmi elles, Théroigne de Méricourt, originaire de la future Belgique. Notons que la garde nationale de La Fayette (qui dort beaucoup) refuse de tirer sur des femmes et laisse le phénomène grandir après l’arrivée à Versailles. Louis XVI, encore en train de chasser quand la manifestation commence, n’arrive pas à trancher, malgré sa femme. Il en impose encore cependant grâce à sa bonté naturelle face à certaines poissardes mais on sent qu’il se laisse emporter. Le roi n’a plus prise sur les évènements. Mais est-ce seulement lors de ces journées ? A-t-il eu plus de prise au moment de la prise de la Bastille ou lors de la réunion des Etats généraux ? De caractère indécis, Louis XVI fut un piètre politique.

Ouvrage intéressant.

Sylvain Bonnet

Loris Chavanette, Les femmes entrent en révolution, Tallandier, février 2026, 381 pages, 23,90 euros

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