Ascension de Ludwig Hohl, une poésie dramatique à l’état pur

Dans les coulisses d’une ascension

Ascension aurait presque pu se passer de nos jours, si ce n’est la rudesse des conditions que nous aurions du mal à accepter aujourd’hui. Montagnards, alpinistes, tenez-vous prêt à des sueurs froides, à voir sous vos yeux votre pire cauchemar. 

Ascension, écrit par Ludwig Hohl il y a 45 ans, offre un contraste saisissant entre la finesse des mots et la brutalité des hauts sommets. 

La montagne était à lui, ou plutôt, il était à elle, qui l’entourait, le cernait, chatoyante sous l’éclat tout puissant du soleil et se figeant au sein des ténèbres.

Deux hommes partent à l’assaut d’un glacier

Tout les sépare. Ull est réfléchi, déterminé, c’est un bon alpiniste, ses mouvements doux et décontractés le confirme. Johann le grand maigre est un marcheur tout en force, un mauvais marcheur. Ils partent conquérir un glacier mais les différences sont telles entre les deux hommes que la marche tout comme leur relation vont se distendre et se rompre comme la corde qui doit les maintenir en sécurité.

Les conditions climatiques rudes y sont pour quelque chose mais aussi leur tempérament qui s’oppose. A l’assaut de la montagne, ils recherchent un refuge qu’ils arrivent à repérer sous la neige en découvrant qu’ils sont sur le toit. Ils s’y infiltrent et trouvent un coquet mais rudimentaire intérieur comparé à la grange dans laquelle ils ont dormis précédemment en attendant que le temps se calme. 

En pleine ascension du glacier, Ull en tête de la cordée, son équipier jette l’éponge devant tant de difficultés. Ull repart seul, la rage au ventre. Que de dangers à affronter au péril de sa vie. La mort les attend — elle au coin d’un rocher, d’un arbre ?

Mais il fit son entrée dans ce monde du dehors où flux du jours et reflux de la nuit luttaient pour l’emporter… […] la surface des flaques gelées, et même les pans de neige, étaient comme des plaques métalliques arrondies par un emporte-pièce multiforme qui se détachaient sur le fond sombre ; certaines de ces plaques, de platine ou d’étain, dont les bords incurvés tissaient des entrelacs d’une incroyable finesse de tranchant… 

Une narration à la fois lente et instinctive

On ressent autant le choix et le poids des mots qui tendent à une lecture par moment rapide comme une glissade. Par d’autres moments un besoin de relire le paragraphe supposant l’omission d’un verbe, d’un mot. Telles sont les ellipses consacrées par l’auteur pour suspendre d’un fil le temps ou la lecture. La concision de son écriture laisse apparaitre l’efficacité du récit qui nous entraîne sur ses pas et ressentons le drame s’immiscer dans nos entrailles. Un pur bonheur de lecture.

Le souci du détail

Pour la forme, l’éditeur à choisit un mini format de poche pour une prise en main près du corps, des yeux en tout cas pour ne pas le perdre et le glisser dans sa poche arrière pour randonner. Il a choisi une double couverture, la première de papier calque telle qu’elle parait gelée entre vos mains, avec le titre solitaire. Et enfin une couverture traditionnelle souple ou apparait en transparence un dessin de massif montagneux.

Ascension est bellement complété des dessins de Martin Tom Dieck, spécialiste du noir et blanc. Il ponctue les pages tels des croquis fait sur le vif en pleine tempête où l’économie de la pause est vitale pour survivre.

Xavier de La Verrie

Ludwig Hohl, Ascension, illustré par Martin Tom Dieck, Le Nouvel Attila, mars 2020, 196 pages, 15 eur


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