On est fait pour s’entendre, la comédie sur la surdité de Pascal Elbé

Pascal Elbé a souffert d’un début de surdité qu’il a fini par surmonter. Il s’inspire de son expérience pour raconter le parcours d’un professeur qui ne se rend pas compte qu’il entend de plus en plus mal et qui, de surcroit, refuse de l’admettre. Pourtant, sur sa route il va rencontrer une voisine avec laquelle il… ne s’entend pas !… Entre comédie romantique et comédie pure, Elbé propose une réflexion sur les difficultés de vivre ensemble, qu’elles qu’en soient les causes. Après avoir signé un polar (Tête de turc) et une comédie policière inspirée d’un fait réel (Je compte sur vous), il élargit sa palette.

Entretien

Pourquoi ce titre ?

À la fin du film, à la dernière séquence, je demande à Sandrine Kiberlain « Est-ce que tu aimes parler pendant l’amour ? » et elle me répond « Pour dire quoi ? ». En fait, cela se prolongeait par une dernière réplique. Je la regardais et je lui disais : « Alors, on est fait pour s’entendre ! » Je l’ai coupée parce que je préférais rester sur une dernière image de Sandrine et j’ai gardé la phrase pour le titre ! Les titres de films on les trouve souvent en relisant le scénario… Le premier titre était Les malentendus, mais je trouvais que ça faisait trop « auteur ». Le titre final correspond plus à l’histoire d’amour.

Dans un premier temps, votre personnage nie sa surdité…

Oui, c’est un passage obligé quand cela vous arrive. Il y a une forme de déni qui balance tout doucement vers l’acceptation et le courage. Au début, vous fuyez la compagnie des autres pour la retrouver par la suite, en mieux. Mon handicap m’a permis de raconter ça et de dire qu’on est fait pour vivre les uns avec les autres. Cela dans une époque de grande solitude car on n’a jamais vu de plus grandes solitudes depuis que se sont développés les réseaux sociaux.

Estimez-vous que le monde a changé ?

Aujourd’hui, si vous n’êtes pas pour moi, vous êtes contre moi. Non ! Il faut accepter  les autres tels qu’ils sont… J’ai souffert d’un handicap léger. J’ai pu être déprimé mais pas dépressif… L’acceptation doit se faire de manière naturelle. Dans le film, mon personnage fait une sorte de coming out. Il le fait lors d’une réunion et espère que les gens vont applaudir et monter sur la table, façon Cercle des poètes disparus. Mais la directrice de l’école le regarde et passe à autre chose… Il faut oser affronter ses peurs. On pense que c’est insurmontable mais, quand vous le faites, l’autre vous répond « Et alors ? », parce que c’est plus simple qu’on ne le croit… Quand j’étais petit, ma mère me disait « Fais ce que tu peux ! ». J’aime les gens qui essaient de surmonter leurs fragilités. Mon film n’est pas dans le jugement, je n’ai jamais jugé mes pairs.

Considérez-vous, comme il est dit dans le film, que la vie fait beaucoup trop de bruit ?

Non, c’est quelque chose que je ne pourrais pas dire parce que, même si le bruit m’agresse, je sais mieux que n’importe qui à quel point il nous relie à la vie. Il faut savoir écouter le bruit de la pluie sur une fenêtre… 

C’est votre troisième film en tant que réalisateur, comment vous sentez-vous dans ce métier ?

Des gens qui me connaissent bien me disent que c’est mon premier film. Parce que c’est avec l’expérience et le temps que j’arrive à raconter des choses qui me touchent et que j’ose les partager. Je ne pensais que cela pouvait avoir un intérêt pour les autres. Mes précédents films m’ont permis d’avoir plus confiance en moi et de faire des choses que je n’aurais pas osé faire.

Donc, ce n’est pas un film sur vous ?

Non, c’est un film sur nous ! Il parle des singularités qui touchent chacun de nous. Ici c’est l’oreille mais c’est aussi les rapports avec les autres. On a tous connu des gens comme cela ou on est tous passé par ces étapes-là.

D’où vient cette envie de comédie ?

De l’Italie. Les Italiens ont souvent un détachement et du recul par rapport à tout ce qu’ils vivent. J’aime cette dérision. Quand j’ai rencontré Sandrine pour la première fois, il y a très longtemps, nous avons déjeuné à Saint-Paul-de-Vence et il y a eu un énorme fou rire. Nous étions déjà dans ce recul-là. Je ne pense pas que nous nous prenions au sérieux.

Pourquoi être devenu acteur et réalisateur ?

On fait d’abord ce métier pour soi, faut pas se la raconter. Après, ce que vous faites est destiné à être partagé avec le public. Si ce n’est pas partagé, c’est inutile. Je n’ai pas mon public. Il y a un public mais ce n’est pas le mien… Les réactions des spectateurs sont les plus belles réponses à notre travail. Je ne connais la valeur de mon travail qu’à l’issue d’une projection en public. Certainement pas devant des journalistes ou lors d’une projection pour professionnels. La seule façon d’évaluer l’aboutissement de quatre ans de travail c’est quand on entend les rires d’un public ou son émotion. Les plus belles émotions que j’ai ressenties ce n’est pas en allant faire la promo à la télé !

Votre film est destiné au cinéma, avez-vous imaginé de le diffuser sur une plateforme ?

Le cinéma en salles donne une sensation de communion et de partage. Un film comme celui-là utilise la grammaire du cinéma pour favoriser l’immersion du spectateur. Le cinéma permet d’augmenter les sensations, ce que ne permet pas un écran de télé. Mais il y a des sujets qui sont mieux perçus sur une plateforme que dans une salle. Tout cela est désormais complémentaire… Le cinéma n’est pas mort. Partout où je passe, dans toutes les villes, j’apprends qu’il y a ou qu’il va y avoir un multiplexe. On annonce la mort du cinéma depuis qu’il est né mais je pense qu’il sera toujours là !

Propos recueillis par Philippe Durant

On est fait pour s’entendre un film de Pascal Elbé Avec Pascal Elbé, Sandrine Kiberlain, Françoise Berléand, Emmanuelle Devos, en salles le 17 novembre 2021, durée 1h52

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