Le plancher de Joachim, le surgissement inattendu du passé

Quand un historien change de fusil d’épaule

On connait très bien Jacques-Olivier Boudon pour ses travaux portant sur l’histoire de la Révolution et l’empire. On lui doit ainsi par exemple une histoire du consulat et de l’empire (Perrin, 2000), Un Napoléon et les cultes (Fayard, 2002) et un récent L’Expédition d’Egypte (Belin, 2018), très apprécié par les amateurs de la période. Avec Le Plancher de Joachim, il s’attaque cependant à un tout autre sujet, loin de l’empereur, du concordat et du fracas des armes.

Un témoignage inédit

Au début des années 2000, les propriétaires du château de Picomtal dans les Hautes-Alpes décident de refaire le plancher. En faisait démonter l’ancien, ils font une découverte surprenante : le revers de l’ancien plancher est recouvert d’inscriptions. Après recherches, il s’avère que le menuisier chargé des travaux cent vingt ans auparavant, Joachim Martin, a écrit sur le bois, sachant pertinemment que son témoignage serait découvert des dizaines d’années après sa mort. Il y décrit sa vie, les gens du village, le propriétaire de l’époque.

Une source de premier choix

Pour un historien, trouver un témoignage émanant d’un des acteurs « invisibles » de l’histoire est tout à fait exceptionnel. Jusqu’au XIXe siècle, la majeure partie du peuple est analphabète, rappelons-le. L’histoire familiale de Joachim Martin explique aussi des choses : il est issu de l’union d’un catholique et d’une protestante. Or les protestants attachaient beaucoup d’importance à la lecture et à l’écrit, y compris pour les femmes : Joachim a pu bénéficier de l’inclination maternelle pour la lecture et les livres. Toujours est-il que ce témoignage du passé permet d’entrevoir la vie d’un village. On y découvre l’existence d’une sexualité hors mariage, de secrets de famille (Joachim dit tout !), l’importance des fêtes (Joachim est ménétrier), des bouleversements aussi liés à l’arrivée du chemin de fer ou de l’installation du régime républicain. On a l’impression d’effectuer un véritable voyage dans le temps !

De cette découverte remarquable, Jacques-Oliver Boudon a tiré un livre passionnant qu’on ne peut que recommander aux amateurs d’histoire.

Sylvain Bonnet

Jacques-Olivier Boudon, Le Plancher de Joachim, Gallimard histoire, avril 2019, 288 pages, 7,90 eur

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :