The Flash, final Crisis on the DCU

Désormais membre de la Justice League, Barry Allen alias The Flash peine à s’imposer dans son unité de police scientifique et à nouer de véritables relations sociales. Traumatisé dans son enfance par le meurtre de sa mère, il décide de remonter le temps afin de changer le cours des événements. Cette décision ne va pas manquer de bouleverser de l’équilibre cosmique et va menacer toutes les réalités.

Alors que James Gunn a établi de nouvelles directives pour le futur du DC Universe, en écartant notamment la fameuse vision de Zack Snyder (et ses nombreux figurants), beaucoup attendaient avec curiosité l’arrivée de The Flash, censé incarner une sorte de conclusion logique à l’univers façonné par le créateur de Man of Steel avant le reboot prévu (même si Blue Beetle et Aquaman 2 sortiront plus tard dans l’année, ils ne sont pas supposés impacter autant la franchise cinématographique DC).

Conçu dans la douleur, The Flash a souffert de la mauvaise publicité autour de son acteur principal Ezra Miller, engoncé dans de multiples affaires judiciaires mais aussi plusieurs problèmes de production. Cette gestation calamiteuse n’a pas empêché quelques voix d’exprimer leur enthousiasme à propos du film, de James Gunn lui-même (un peu d’autopromotion, cela ne fait jamais de mal) à Tom Cruise…

En outre, le choix d’adapter la saga Flashpoint sur grand écran pouvait faire saliver, tant le matériau d’origine proposait un excellent postulat qui justifiait la réputation de l’éditeur quant à la qualité de ses mondes parallèles. On désirait assister à un spectacle digne du récent Spider-Man : Across the Spider-Verse… un espoir vite envolé puisque The Flash se révèle très rapidement plus problématique que l’insupportable Spider-Man : No Way Home.

L’échec du multivers DC

Depuis Man of Steel, l’empreinte graphique de Zack Snyder et son approche thématique planent, y compris hors champ, sur l’ensemble des films du DC Universe. Et si on pouvait quelque peu approuver ce semblant de cohérence de ton, on était en revanche désagréablement surpris par les multiples anicroches scénaristiques ainsi que par l’utilisation répétée de ralentis et de gros plans grossiers, caméra à l’épaule, censés appuyés l’esthétique épique. À l’arrivée, seul un constat amer subsistait, celui de l’arnaque du Snyderverse (notamment celle de son Justice League : Director’s cut).

Qui plus est, que dire des automates qui ont dirigé les insupportables Black Adam, le diptyque consacré à Shazam ou des travaux surévalués comme Wonder Woman ou Aquaman ? Le DC Universe et la Justice League n’ont pas vogué sous les meilleurs auspices et The Flash ne contredira pas cette affirmation. Endigué dans sa propre théorie du multivers (accouplée ici au voyage dans le temps), le film n’impose jamais son concept et lasse carrément, plus encore que ses homologues du Mavel Cinematic Universe.

Andy Muschietti écarte la subtilité existante dans le comic book (surtout dans le superbe Crisis on Infinity Earths dessiné par le grand George Pérez) tout en s’écartant des autres travaux de la firme. Quant à la balade à travers les univers, il repose sur un panorama technique défaillant et une direction artistique aux abonnés absents. On se demande alors si le budget conséquent n’a servi qu’aux multiples caméos présents dans le long-métrage.

Le syndrome No Way Home

Depuis quelques années, Hollywood a habitué le public à émailler ses blocksbusters, super-héroïques ou non (cf les pathétiques Fast and Furious par exemple), d’apparitions d’anciennes figures qui incarnaient autrefois des personnages mythiques de la pop culture. Parmi ces blockbusters, on retrouve bien entendu Doctor Strange and The Multivers of Madness ou l’insupportable Spider-Man : No Way Home.

The Flash n’échappe pas bien sûr à cette règle et une galerie d’invités prestigieux défilent pour faire oublier le néant qui s’affiche sous nos yeux. Stratagème subtil d’un marketing désormais éventé, cette volonté de s’appuyer sur quelques gueules du passé répond à la fibre nostalgique qui habite les spectateurs depuis quelques années. Pour beaucoup, hier était plus beau, avant la déferlante des super-héros au cinéma, mieux sur le plan économique ou social.

Il est certain que les années Reagan et la Guerre Froide correspondaient à une époque enchanteresse ou qu’Independance Day et les actioners débiles d’il y a trente-cinq ans regorgeaient de plus de qualités que les rejetons du MCU. Le temps passe mais les problèmes persistent et il est amusant que l’on s’extasie désormais sur de vulgaires produits pas plus intelligents que ceux critiqués actuellement… et pirouette ultime pour ces derniers, fonder leur succès sur cette crédulité plutôt que sur une mise en scène soignée !!!

Dramaturgie infantile

Car sur ce point, Andy Muschietti ne sauve même pas l’honneur, tant il peine à retranscrire efficacement aussi bien les empoignades homériques attendues (entre Supergirl et Zod), la relation entre Barry Allen et son double (loin d’égaler celle de… Michael Keaton dans Mes doubles, ma femme et moi) ou celle entre le jeune héros et un Michael Keaton qui a endossé pour l’occasion le rôle du mentor. Certes, les quelques combats s’avèrent lisibles mais les ralentis (merci Snyder) et le manque d’imagination nuisent à l’aspect soi-disant épique de l’entreprise. Quant aux instants comiques, ils agacent et se révèlent encore plus néfastes que ceux du MCU.

Et il ne faut pas compter sur le cinéaste pour valoriser les rares moments dramatiques, excepté lorsqu’il évoque un Batman endeuillé. On reproche à raison très souvent aux maîtres d’œuvre du MCU de désamorcer la tension par l’humour. Mais on ne doit pas omettre l’incapacité de certains comme Andy Muschietti à illustrer les bribes de tragédie. Ici, le résultat lamentable obtenu durant de telles scènes désespère, tant le réalisateur manque cruellement de savoir-faire et qu’Ezra Miller tient plus d’un acteur de mauvais soap opera que de Marlon Brando. Les souvenirs des adieux de Clark et de Martha chez Richard Donner ou la douloureuse conversation entre Peter et sa tante dans Spider-Man 2 s’éloignent au profit d’un bilan navrant.

The Flash symbolise ce qu’il y a de pire dans le film de super-héros et sert hélas d’argument irréfutable pour les détracteurs du genre. Long-métrage malade de sa production et du manque de talent de son auteur, il recèle aussi en son sein tous les défauts liés à la filiation de Zack Snyder. Un désastre d’une ampleur équivalente à la réussite de Spider-Man : Across the Spider-Verse.

François Verstraete

Film américain d’Andy Muschietti avec Ezra Miller, Michael Keaton, Michael Shannon, Sasha Cale. Durée 2h24. Sortie le 14 juin 2023.

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