Rock sudiste, le boogie vit toujours

D’un auteur et de son sujet

Journaliste et critique musical, Arnaud Choutet s’est déjà penché sur la musique populaire américaine en publiant Country Rock (Les mots et le reste, 2014), une analyse de ce courant hybride dont sont sortis les Eagles par exemple. Avec Rock sudiste, When the south rose again, il se penche sur un drôle d’objet musical souvent brocardé pour sa défense d’un folklore et d’une histoire marquée par la guerre civile américaine, la « cause perdue » dont parle William Faulkner dans ses livres. Disons-le tout de suite, on prend les rockers sudistes pour une bande de rednecks racistes, nostalgiques du KKK et aujourd’hui certainement électeurs de Trump.

Des idées reçues qu’il faut combattre

La réalité est plus complexe. Si on prend le groupe Lynyrd Skynyrd, le malentendu provient de la chanson Sweet home Alabama, réponse au Southern man de Neil Young et sortie dans un contexte politique chargé, où on voyait le gouverneur de l’Alabama, Wallace, défendre la ségrégation. Cependant les musiciens du groupe étaient plein d’admiration pour les bluesmen noirs et leur musique groovait aussi bien que celle d’un groupe de soul.

Du côté des Allman Brothers, le génial guitariste Duane Allman enregistra au studio Muscle Shoals avec bon nombre de soulmen dont Wilson Pickett pour sa reprise d’Hey Jude. Citons aussi le second couteau Elvin Bishop qui embaucha pour son album Let it flow un certain Sly Stone… ambiguïtés il y eut, oui, mais réduire ces musiciens à une bande de racistes relève de la malhonnêteté intellectuelle.

De la musique

Avec le rock sudiste, on pénètre dans un univers musical très riche. Ici, on aura trois, voire quatre guitaristes et autant de soli dans des morceaux gorgés de groove et d’émotions. Les stars du genre, Lynyrd Skynyrd, Allman Brothers ou encore ZZ TOP, font des tournées en première partie de monstres sacrés du rock comme les Rolling Stones qui, d’ailleurs récupéreront quelques idées au passage ainsi que le clavier des Allman Brothers, Chuck Leavell.

À leur apogée, les animateurs du rock sudiste vendent des millions de disques et sont même récupérés par des politiciens comme Jimmy Carter… et puis le public se détourne d’eux, des tragédies les frappent : des musiciens de Lynyrd Skynyrd sont tués dans un accident d’avion en 1977 et le groupe ne se reformera plus avant 1987.

Est-ce la fin ? Non car la nostalgie les ramène sur le devant de la scène. Localement, des groupes se forment et se reforment. Comme pour l’ensemble du rock, si le succès massif n’est plus au rendez-vous, la culture rock sudiste se maintient. En Europe, les fans s’organisent et montent aussi des groupes. Tout l’intérêt de ce livre riche d’anecdotes, bien documenté, est de démontrer que le rock sudiste bouge encore. Et quelque part, on en sort rasséréné.

Sylvain Bonnet

Arnaud Choutet, Rock sudiste, When the south rose again, Les mots et le reste, janvier 2019, 336 pages, 23 eur

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