Les Jardins de Zagarand, joli conte initiatique

Peut-on se reconstruire après la mort de son fils ? Quel lieu atteindre pour laisser en soi la vie se poursuivre ? C’est le sujet qu’Eric de Kermel explore dans la très belle fable, Les Jardins de Zagarand.

Paul a perdu son fils. Rien ne peut le soustraire à son chagrin. Alors il choisit l’exil, et se retrouve dans un oasis lointain, au milieu du Sahara. C’est là qu’il rejoint sa sœur, qui n’avait le droit qu’à un courrier par an et qui vient de lui écrire. Zagarand, c’est un lieu, mais c’est aussi une communauté humaine coupée du monde, où les relations des uns avec les autres diffèrent totalement des usages dans le monde occidental moderne. Le rythme même projet Paul dans un autre monde, aux couleurs, aux senteurs, à l’épaisseur différentes.

Pour atteindre ce lieu où la paix est espérée, il y aura d’abord un long chemin à parcourir. « Le but, c’est le chemin » disait Goethe et Eric de Kermel reprend cette vérité à son compte en proposant un voyage physique qui est aussi, voire surtout, un chemin spirituel. Rien de très novateur, les romans initiatiques sont légion, mais la route de Zagarand est belle. Mais pour l’oasis en lui-même, existe-t-il ou n’est-il que le fantasme d’un lieu bienheureux qui met l’homme au centre ? L’humanité peut-elle être sauvée ? Et faut-il endurer la pire souffrance pour accueillir au fond de soi le possible bonheur ?

Le chemin vers soi, finalement, est le seul qui puisse donner un sens à la vie, une fois que la vie a été le plus totalement et irrémédiablement portée au comble de la tristesse et du désespoir.

D’une très belle écriture, à la poésie douce et constante, Les Jardins de Zagarand explore un monde riche de senteurs et de couleurs que le lecteur découvre avec les yeux de Paul. Est mis aussi en avant la relation au monde, et à soi, quand plus rien ne retient l’homme d’être enfin lui-même. La plus grande souffrance est aussi le premier pas vers une humanité pleine et totalement offerte. Bien sûr, il y a des bons sentiments et une réflexions sur la spiritualité, Eric de Kermel en a fait sa marque de fabrique. Mais rien de trop, rien qui n’alourdisse la lecture, faite de belles images et de sincères beaux sentiments, et qui est d’abord un beau moment de paix intérieure.

Loïc Di Stefano

Eric de Kermel, Les Jardins de Zagarand, J’ai lu, mars 2023, 288 pages, 7,80 euros

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