C’était le monde d’avant d’Eric Roussel, carnets d’un biographe

Le biographe des hommes d’État

Membre de l’institut, journaliste, Éric Roussel s’est fait connaître d’un large public par des biographies : Pompidou, Jean Monnet, de Gaulle, Mendès-France, Mitterrand et plus récemment Giscard d’Estaing. Il a publié récemment aux éditions de l’Observatoire un essai intitulé C’était le monde d’avant où il revient sur ces grandes figures et aussi quelques autres. C’est une façon aussi pour l’auteur de lever un coin du voile sur son propre parcours.

Raconter la France et se raconter soi

On en apprend dès les premières pages un peu plus sur Roussel, issu d’une famille aisée qui compta un maire de Louviers, ville dont Mendès-France fut aussi le maire. On en apprend aussi sur tous ces dirigeants d’avant les réseaux sociaux, internet, la mondialisation. Éric Roussel, qui s’engagea en faveur du gaullisme dans sa jeunesse, les a pour la plupart connus et côtoyés. On est amusés par son récit des entretiens que Mitterrand, monarque dans l’âme, lui accorda. On est surpris par la complexité du portrait qu’il livre de Giscard, homme à l’allure hautaine et finalement sensible, surtout quand il parle de sa mère. On découvre pour la première fois le jugement de Roussel sur Chirac : à part sur le refus de participer à l’intervention désastreuse en Irak, il le voit au fond comme un politique peu intéressé par l’exercice du pouvoir… Éric Roussel évoque aussi les figures du résistant Pierre Brossolette, de l’ancien collaborateur et historien Jacques Benoist-Méchin (qui finit par conseiller Mendès !) et même Jean-Marie Le Pen.

La politique, c’était mieux avant ?

Disons-le franchement : lire ce livre quand on a dépassé la quarantaine relève de l’exercice de nostalgie pure. Même si on met de côté la figure exceptionnelle du général de Gaulle, des hommes comme Mitterrand, Pompidou, Mendès, même Giscard, paraissent d’une trempe et d’une envergure aujourd’hui disparue. D’abord ils sont tous intelligents, cultivés. Ensuite, ils ont vécu peu ou prou la seconde guerre mondiale, ce qui leur donne une approche du monde raisonnée, subtile, sensible aussi aux rapports de force de la géopolitique. Ils prennent aussi le temps pour réfléchir, ne sont pas dans l’immédiateté des chaînes d’information en continu… Bien sûr, ils étaient loin d’être parfaits, le bilan social de Mitterrand par exemple, tant idéalisé, gagnerait à être aujourd’hui réévalué. C’est la nullité de la classe politique actuelle qui nourrit cette nostalgie…

Un bon livre en tout cas.

Sylvain Bonnet

Éric Roussel, C’était le monde d’avant, Alpha « histoire », novembre 2023, 320 pages, 9 euros

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