Georges Bidault, vie d’un héros réprouvé

Tous les chemins mènent à l’Histoire

Haut fonctionnaire de carrière, Maxime Tandonnet s’est fait remarquer des amateurs d’histoire par des ouvrages efficaces comme Histoire des présidents de la République (Perrin, 2013) ou Les parias de la République. (Perrin, 2017) On retient surtout de lui une biographie remarquable d’André Tardieu, homme d’état, de droite et républicain non-conformiste. Ici, il a choisi de revenir sur l’itinéraire d’un homme atypique, Georges Bidault, tombé dans l’oubli (voire la honte) de nos jours.

Un héros de la Résistance

Avant cela, Bidault a connu la gloire. Car notre homme, provincial, catholique sincère et professeur d’histoire dévoué à ses élèves (les pages que Tandonnet consacre au début de sa vie sont remarquables), était voué à une certaine obscurité s’il n’y avait pas eu la seconde guerre mondiale et la défaite de juin 1940. Bidault choisit en effet la Résistance, prend des risques, rencontre Jean Moulin dont il devient le second… et le successeur, un peu malgré lui. Bidault devient à la Libération le ministre des Affaires étrangères de Charles de Gaulle. Il l’a vénéré mais s’entend mal avec lui.

Fondateur du seul parti démocrate-chrétien de l’histoire française, le MRP, il est dans un entre-deux tragique d’un point de vue électoral : d’un côté il est du parti de la fidélité à de Gaulle (du moins tant que le RPF n’est pas créé) et de l’autre il est totalement impliqué dans la IVe République qu’il contribue à fonder et que le même de Gaulle rejette avec véhémence. Pourtant Bidault ne fait pas rien : il est par exemple un des initiateurs du SMIC et contribue à la construction européenne.

Le mauvais choix

Mais voilà que cet intellectuel bohème, ce politique malgré lui fait à un moment un autre choix décisif : celui de défendre l’Algérie française. Et à partir de 1956, ce choix va obérer sa carrière politique. S’il soutient de Gaulle en 1958, le discours sur l’autodétermination de septembre 1959 le braque. Peu à peu, il dérive et devient un soutien actif des factieux qui vont donner naissance à l’OAS. Notons cependant avec l’auteur que Bidault ne fera pas partie de l’organisation et ne soutiendra pas la tentative d’assassinat au Petit Clamart contre le Général. Il paiera cependant le prix de son choix et surtout jouera le coup du panache en s’exilant alors que rien ne l’y obligeait…

Une vie tragique au fond, bien restituée par cette biographie de Maxime Tandonnet.

Sylvain Bonnet

Maxime Tandonnet, Georges Bidault, Perrin, mars 2022, 368 pages, 23,50 euros

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :