Schmattès, un monde disparu

Sociologue, auteur du récent Judéobsessions (Flammarion, 2025), Guillaume Erner anime également Les Matins de France Culture depuis 2015. C’est aussi un spécialiste de la mode et du vêtement et un… ancien vendeur du Sentier, du temps où les boutiques de vêtements régnaient sur le quartier. Une bonne formation pour un sociologue !

Au royaume de la nippe

« Schmattès » signifie fringues en yiddish. Il faut dire que le Sentier fut le royaume des vendeurs de vêtements durant tout le XXe siècle, incluant les petits couturiers, et que toute cette population était majoritairement juive. D’abord originaire d’Europe de l’Est, donc ashkénaze comme la famille de Guillaume Erner, ce sont ensuite les séfarades du Maghreb qui prennent possession du quartier. Et ce sont eux qui fondent des marques comme Naf Naf ou Kookai, aujourd’hui en difficulté. Pour sa part, Erner a une vocation d’intellectuel mais suit les injonctions parentales : le voilà vendeur à La City, magasin emblématique du Sentier, puis commercial.

Grandeur et chute du Sentier

Guillaume Erner raconte l’âge d’or du Sentier, celui des Séfarades, un peu « Bling-Bling » (ils adorent ainsi Sarkozy), plein de faconde et de bagout, représentés avec adresse dans le film La vérité si je mens. Des bosseurs et des durs aussi. Or leur âge d’or se déroule dans les années quatre-vingt-dix où ils réussissent à faire des femmes, des Parisiennes leurs clientes. Mais tout bascule ensuite. La faute à la Mondialisation et à la concurrence de Zara (la Chine n’est pas loin) ? Et puis le patron de la City fait des erreurs, Erner aussi. Sa vie est ailleurs, heureusement pour lui. Mais il raconte une histoire pas si lointaine et au fond très attachante de ces juifs pour lesquels on ne peut s’empêcher d’avoir de la tendresse. A lire, c’est aussi une leçon sur le capitalisme vu d’en bas. Car Erner sera toujours sociologue !

Sylvain Bonnet

Guillaume Erner, Schmattès, Flammarion, mars 2026, 304 pages, 20 euros

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