Deux sœurs, opposées en tout, réunies par le mur qui les sépare

Quoi de plus coriace que la rancœur sororale ? et quoi de plus triste ? Isabelle Sivan et Bruno Duhamel regardez le mur qui s’est construit entre elles, et proposent avec Deux sœurs une étudiante de mœurs drôle malgré toute la charge qui pèse sur cette relation conflictuelle et empoisonnée.

Les opposées absolues

L’une est enseignante, assez laide, cheveux longs sales et lunettes en cul de bouteille, hippie sur le tard et vivant pour sa passion de la musique. L’autre est une jeune cadre de la finance, cheveux courts, jolie et d’allure sportive. Deux soeurs que tout oppose, dans la caricature qu’elle sont l’une de l’autre de la gauche et de la gauche. Chacune a son groupe d’amis, qui se moque de l’autre. Rien ne les réunit, sinon la maison héritée de leurs parents et qu’ils ont en partage. Un mur a été construit pour la séparer en deux, comme une frontière en son cœur même. Chacun vit de son côté, supportant le plus possible l’autre insupportable. Seul el chat passe de l’une à l’autre avec une égale affection.

Le statu quo est brisé quand le destin même de la maison change. Petit pavillon dans un quartier de la ville promis à un bel avenir immobilier, un promoteur la rachète pour la raser. Il va falloir quitter cette proximité forcée, mais aussi sa propre histoire dans la maison familiale. C’est l’occasion rêve d’aller seule se reconstruire ailleurs. Cependant, toute une vie avec l’autre, on ne s’en libère pas si facilement.

Une vie spéculaire

Avec une tendresse infinie pour leurs personnages, et beaucoup d’humour, Isabelle Sivan et Bruno Duhamel plongent dans ne relation spéculaire qui conduit inévitablement au drame. Le drame, c’est le quotidien, l’une empoisonnant l’autre par sa seule présence. Et les modes de vie contraires génèrent encore plus de tensions. Mais de cette opposition naît une unité qui n’apparaît pas immédiatement, et qui pourtant construit ce couple dissonant. Comme deux meilleures ennemies… ou deux cœurs unis

La construction des cases est d’une grande intelligence, et suit l’évolution du récit. On entre et on sort de cette maison, dont le mur semble séparer deux mondes plus que deux sœurs seulement, et on voit le monde et les cœurs coupés en deux eux aussi. On sent bien qu’il y aura une possibilité de réconciliation, mais quel en sera le prix ? Et quelles modalités ? Car Deux sœurs raconte très joliment que des petits rien peuvent engendrer de grandes tristesses, mais que l’amour sororal est d’abord une magie particulière. Et que le mur qui sépare réunit aussi les deux côtés, comme un étai.

Loïc Di Stefano

Isabelle Sivan (scénario) et Bruno Duhamel (dessin), Deux sœurs, grand angle, janvier 2024, 72 pages, 16,90 euros

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