Justice League : fin de cycle

Justice League marque la fin de la première phase d’adaptation des super-héros DC Comics au cinéma. Avec Man of Steel puis Batman v Superman, le réalisateur Zack Snyder en a été jusqu’ici le principal architecte, imposant une esthétique visuelle globalement sombre et éloignée des versions originelles de Batman et Superman. Pour être complet, mentionnons le honteux Suicide Squad, et le sympathique Wonder Woman. Ce dernier, s’il n’est pas exempt de défauts, avait au moins eu le mérite d’installer une super-héroïne crédible et positive.

 

Justice League marque la fin d’une période pour plusieurs raisons.

Suite à un drame familial, Zack Snyder a passé la main à Joss Whedon, le réalisateur d’Avengers, soit le méga-carton du concurrent Marvel. Whedon est appelé en renfort pour terminer et rafistoler Justice League. Évidemment, il ne pouvait pas transformer tout un long métrage en débarquant en fin de projet. Son intervention s’avère même au final contre-productive, tant les ruptures de tons et d’ambiances viennent perturber la cohérence du film. On a du mal à croire que le Clark Kent, torturé par sa condition dans Man of Steel, s’amuse à sortir deux ou trois blaguounettes et à faire la course avec Flash… Sans compter qu’au fil de l’histoire, certains personnages se transforment sans qu’on comprenne réellement leurs motivations. Dans le même genre d’idée, on passe de scènes qui évoquent les films de Snyder à des moments plus légers, le tout en quelques secondes. Oh, ce n’est pas encore une comédie assumée comme a pu l’être Thor Ragnarok (qui, dans son style, est plus réussi que ses détracteurs ne l’imaginent). Non, on ne rit pas toute les 5 minutes, mais il y a bien comme un appel du pied au spectateur pour lui signifier qu’il y a eu du changement.

 

 

L’arrivée de Whedon s’accompagne d’une modification des visuels. L’univers cinématique DC se veut maintenant beaucoup moins sombre et bien plus coloré, là où on avait une unité entre les deux premiers films de Snyder. On pouvait ne pas apprécier la patte de ce dernier, mais il avait au moins le mérite de proposer une alternative au style Marvel Studio. Dans Justice League, on se retrouve donc avec un film coincé entre deux approches. Comme si Warner essayait de faire cohabiter dans un même film deux visions du genre super-héroïques, mais deux visions incompatibles sur le plan visuel.

 

Ce côté patchwork se retrouve dans l’intrigue. Si on connaissait déjà Batman, Wonder Woman ou Superman, il faut bien ici prendre le temps d’expliquer les origines, pouvoirs et motivations des petits nouveaux que sont Aquaman, Cyborg et Flash. Et là, Justice League n’arrive jamais à trouver le bon dosage. Aquaman est négocié en une scène et Flash aussi (enfin, deux scènes, mais dans le même décor). Cyborg est carrément expédié. Dur. Finalement, Justice League court en permanence derrière son maître étalon, Avengers, et tente de reprendre à son compte le film de Marvel (qui commence à dater, qui plus est). Mais jamais Justice League ne réussit ni à atteindre le film (… de Joss Whedon, ironie du sort) ni même à proposer quoi que ce soit de réellement neuf.

 

 

Il y a même des ratages navrants. Je pense notamment à Atlantis, aperçu le temps d’une petite scène dans un unique décor (!). Le summum du médiocre étant Steppenwolf, méchant franchement loupé tant dans ses motivations que dans son design. Que dire sinon de la dernière demi-heure plombée par des effets numériques trop visibles et un combat final sans intensité ?

Alors que reste-t-il à sauver ? Pas grand chose. Quelques visuels fugaces qui allume un bref instant notre petit cœur de fan (notamment le Batman sous la pluie, un braquage interrompu par Diana), un Aquaman qui rappelle Thor en plus badass, une Wonder Woman égale à elle-même (mais dont les mimiques commencent à virer au cliché). C’est peu. Trop peu. En cas de contre-performance, Justice League risque bien de marquer l’arrêt de cet univers cinématographique DC.

 

Stéphane Le Troëdec

Laisser un commentaire