« La Coupure » de Fiona Barton, trois femmes et le corps d’un bébé

Trois femmes se partagent un même traumatisme, celui de la perte d’un bébé. Trois femmes liées par un sort funeste et douloureux, et peut-être par plus que cela. Trois femmes dont la névrose, apaisée avec le temps, se réactive à la suite d’un entrefilet dans la presse : le corps d’un nouveau-né a été retrouvé dans un chantier de construction. C’est le point de départ de La Coupure (de presse) et Fiona Barton va conduire son lecteur dans le passé et les angoisses de ces trois femmes…

Première femme, Angela, celle à qui on a volé son bébé à la maternité, sans témoin, si bien qu’on l’a longtemps accusé de l’avoir elle-même tué. Ce petit corps pourrait-il être le sien, réouvrir l’enquête quarante-ans plus tard et enfin savoir ? Seconde femme, Emma, souffrant d’avoir été élevée par une mère abandonnique (qu’on rencontrera également), porte en elle une souffrance jamais avouée et qui la ronge, malgré tout l’amour qu’elle reçoit. Quel est son lien avec ce bébé ?

Et puis il y a Kate, la troisième femme, journaliste qui va mener l’enquête, démêler l’écheveau et comprendre quelle place occupe chacune de toutes les figures de femmes rassemblées dans cette incroyable malice du destin :

 

« La première fois qu’elle avait lu le bref article sur la découverte du corps du bébé, elle avait cru q’u’elle écrirait un papier émouvant sur un enfant oublié et la tragédie personnelle qui se dissimulait derrière sa mort. Une lecture larmoyante du dimanche. La chance d’échapper au train-train des infos en ligne. Mais gratter la surface a fait jaillir d’incroyables secrets »

 

L’enquête va à la fois traverser les quartiers et les époques de Londres, les évolutions de certaines, et ramener tout le monde pour un final explosif dans une révélation qui bouleversera toutes les convictions, même celles des policiers en charge du dossier.

S’il est un peu long à se mettre en place, et que les arcanes de la psychologie féminine ne sont pas immédiatement accessibles (même si l’on peut très bien comprendre la nature du traumatisme dès lors qu’il s’agit de la perte d’un bébé), La Coupure se révèle être un beau roman, où la psychologie vaut plus que l’enquête elle-même. Mais pour la noirceur, rien à craindre : elle y est !

 

Loïc Di Stefano

 

Fiona Barton, La Coupure, traduit de l’anglais par Séverine Quelet, Fleuve noir, septembre 2018, 480 pages, 20,90 euros

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