Ce qu’il faut de haine, la vengeance selon Jacques Saussey

Au fil des années, Jacques Saussey s’est installé comme un des incontournables de la littérature noire française. Il confirme ce statut avec Ce qu’il faut de haine, une histoire de vengeance au long cours.

Une femme exquise

Valérie Freysse est une femme exquise. En résumé : elle est détestée par tout ceux qui ont croisé sa vie professionnelle. DRH dans des entreprises de luxe, elle a acquis la triste réputation d’une femme dure, impropre aux sentiments humains, uniquement préoccupée par les chiffres. C’est son corps, particulièrement abimé, qui est retrouvé au fin fond de l’Yonne par la jeune Alice Pernelle. Cela gâche son jogging, et bouleverse sa vie entière. Elle était venue passer un moment agréable chez ses parents, dans cette belle région si tranquille. Son père, ancien élu, connait tout le monde. Et Pierre-Perthuis, ce n’est de toute manière pas bien vaste.

Comme la victime est parisienne, deux enquêteurs vont mêler leurs compétences et leur temps pour remonter le fil qui va de Paris à l’Yonne. Et devoir reconstruire son histoire pour comprendre pourquoi elle a a été retrouvée à cet endroit précis, loin de tout, loin de tout ce qu’on connaît de sa vie.

Distillation lente

Parce qu’il ne faut pas négliger le plaisir que l’on éprouve à concevoir les pires supplices envers une personnes que l’ont hait jusqu’à la folie.

Jacques Saussey a l’art de distiller de petites informations qui tiennent le lecteur à la gorge. Il équilibre les rythmes, pose des descriptions qui sont autant d’éléments de l’action, et creuse au fond de ses personnages pour en extraire la vérité brute. Ils vivent intensément et se débattent dans un mouchoir de poche à la recherche de ce qui est là depuis tant d’année, gardé en secret.

Ce qu’il faut de haine est un roman magistral et surprenant, jusqu’à la fin. Et puis aussi un peu avant… Les fils multiples sont tissés avec art. Jusqu’à la fin, qu’on ne pourra ni deviner, ni oublier. Même si oublier, ce n’est pas vraiment ce qui fait le sel d’une intrigue qui avance par degrés, dans les strates d’une mémoire partagée, et dans la lente et longue délectation d’une vengeance peu ordinaire. Et méfiez-vous de Jacques Saussey, si un jour il entend se venger de vous, considérant ce qu’il a fait subir à sa victime !

Loïc Di Stefano

Jacques Saussey, Ce qu’il faut de haine, Fleuve noir, octobre 2023, 391 pages, 21,90 euros

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