« Le Retour de Gustav Flötberg » de Catherine Vigourt

Endormi un soir de ripailles égyptiennes, le plus si jeune Gustave Flaubert qui « allait écrire Madame Bovary dans cinq ans » se réveille vieil écrivain islandais Gustav Flötberg, un beau matin de 2014, à Paris… Non seulement il doit affronter un monde totalement ignoré, mais se préparer à donner une conférence sur  « son œuvre », qu’il n’a pas lu.

Catherine Vigourt écrit son roman comme une petite facétie jouée à un grand écrivain, et elle y prend beaucoup de plaisir. Entre références aux œuvres du maître de Croisset et situations cocasses qui permettent de montrer le vide de notre époque, elle joue une petite farce bien délicieuse.

Le normand devenu islandais s’adapte très vite aux technologies, manie habilement le smartphone et Google (où il trouve notamment ce qu’il est devenu après l’Egypte, sa postérité littéraire), et comprend rapidement qu’il a été envoyé dans une époque où le temps est une chose devenue folle. Seule consolation : il reste un écrivain. Et donc lui reste la patrie des mots :

 

Je vais m’en sortir. Flaubert se répétait ses mots sans le début d’une idée. Je dois savoir, je vais savoir. Commençons par les mots : tout débute avec eux, se dit-il en cherchant ce qu’il trouvait toujours — de quoi écrire. / Quelle meilleur raison de rester où qu’on soit que d’y écrire quelque chose ? »

 

Le Retour de Gustav Flötberg est une fable sur le temps et sur le monde actuel qui a perdu, aux yeux de Catherine Vigourt, sa raison. Poser le regard d’un sage ancien sur l’époque contemporaine est ne manière comme une autre — disons, une autre lettre persane… —  de montrer combien aller trop vite n’est pas le rythme de la vie.

 

Loïc Di Stefano

Catherine Vigourt, Le Retour de Gustav Flötberg, Gallimard, février 2018, 144 pages, 13,50 euros

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