Napoléon à Sainte-Hélène, le crépuscule du titan

Un jeune historien déjà très remarqué

Depuis quelques années, Charles-Eloi Vial, archiviste paléographe de formation, a attiré l’attention du public et de la critique par des ouvrages de haute tenue. Citons Le Dernier voyage de l’Empereur (Vendémiaire, 2015), Les derniers feux de la monarchie, la Cour au siècle des révolutions 1789-1870 (Perrin, 2016) auquel s’ajoute une biographie remarquée de Marie-Louise (Perrin, 2017) et enfin La Famille royale au Temple (Perrin, 2018). Ce dernier ouvrage se voulait un récit précis de la captivité de Louis XVI et de sa famille au Temple, ainsi qu’une analyse des conséquences sur la Révolution et même le cours de l’histoire de France. Dans Napoléon à Sainte-Hélène, il se propose de revenir sur une autre captivité, celle de Napoléon, piégé sur l’île de Sainte-Hélène.

Un séjour carcéral

Disons-le d’emblée : mis à part qu’ils n’attenteront jamais à sa vie, les anglais se révèlent des geôliers féroces et l’ancien maître de l’Europe subira maintes fois leur férule. Ici, Hudson Lowe apparaît dans toute sa plénitude de fonctionnaire zélé et sans imagination, redoutant par-dessus tout une évasion de son illustre prisonnier. Quant à Napoléon, il n’a de cesse qu’on veuille reconnaître son statut d’ancien souverain (les anglais ne voient en lui que le général Buonaparte) et s’enferme dans une solitude orgueilleuse. Car, même accompagné, Napoléon est seul. Las Cases (surtout lui), Gourgaud, Montholon et Bertrand sont là pour recueillir ses pensées et pour l’aider à rédiger ses mémoires et aussi des plaidoyers pour rentrer en Europe ou bénéficier d’un lieu d’exil plus confortable. Peu à peu, Napoléon comprend vite qu’il est piégé sur cette île. Malade, il se laisse peu à peu dépérir.

L’agonie du prisonnier

Cela n’empêche pas les accommodements et la vie de parfois triompher. Napoléon prend plaisir à la compagnie de la jeune Betsy Balcombe, fait d’Albine de Montholon sa maîtresse, plante des arbres et jardine. Devant ses récriminations devant l’état délabré de la maison de Longwood, les anglais lui construisent une autre maison, qu’il n’occupera jamais. L’ex-empereur supporte mal le climat, dort mal, a des crises nerveuses. Ses déboires financiers n’arrangent pas les choses : il peine à obtenir des fonds d’Europe auprès de sa famille pour « tenir » son rang. Il mourra d’un ulcère, loin des siens et d’une France qui succombera bientôt à sa nostalgie.

Napoléon à Sainte-Hélène de Charles-Eloi Vial est un excellent ouvrage qu’on ne peut que recommander.

Sylvain Bonnet

Charles-Eloi Vial, Napoléon à Sainte-Hélène, Perrin & BNF Editions, novembre 2018, 320 pages, 29 eur

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :