« Lettres à un jeune auteur », la leçon d’écriture de Colum McCann

Ecrivain irlandais vivant à New York et y enseignant l’écriture (creative writing) au Hunter College, Colum McCann a publié romans et nouvelles, toujours avec un réel succès d’estime et de librairie. Citons Et que le vaste monde poursuive sa course folle (2009) ou Zoli (2007). Fort de son expérience, il se place sous l’égide de Rilke — qu’il cite dès son introduction : « Personne ne peut vous apporter conseil ou aide. Il n’est qu’un seul chemin. Entrez en vous-même »— et énonce dans ses Lettres à un jeune auteur un certain nombre de très bons conseils aux apprentis écrivains.

 

un vade-mecum

Aussi pratique et fonctionnel que son aîné était poétique (le sous-titre anglais est à ce propos assez évocateur : Some Practical and Philosophical Advice – Quelques conseils pratiques et philosophiques), les Lettres à un jeune auteur sont d’abord un guide pratique au sens premier du terme. Pratique sur l’écriture et sur la publication. Même si l’auteur prévient que non.

Ecrire est un art qui, en France, est trop souvent associé au seul génie. Il suffirait de laisser son art naitre sur la page blanche… Mais aux Etats-Unis, on forme des écrivains, avec des techniques précises et des heures à ne faire qu’une chose : travailler. « Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage, / Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : / Polissez-le sans cesse et le repolissez ; / Ajoutez quelquefois, et souvent effacez » préconisait déjà Boileau, et Colum McCann n’oublie pas cette règle fondamentale : écrire est un travail. Et les métaphores qu’il utilise (la boxe, le travail de la mine) soulignent la difficulté des efforts constants pour obtenir la satisfaction d’être conscient que chaque page, chaque paragraphe, chaque mot sont indispensables, sinon il faut réécrire, corriger, effacer.

Colum McCann n’est pas Stephen King qui, dans son admirable Ecriture, mémoire d’un métier (Albin Michel, 2001), donnait à chacun des conseils pour l’écriture, mais ils se rejoignent sur plusieurs points qui doivent servir à nourrir l’écriture. Le premier et le plus essentiel : lire, lire, lire ! C’est en se nourrissant du travail des autres qu’on peut faire grandir le sien propre.

On sent bien que ces conseils émanent de ses cours, qu’ils sont un condensé, et souvent conçu avec justesse. S’il ne sont pas tous, en revanche, originaux (par exemple : « lis à haute voix » déjà Flaubert l’enseignait), ils sont tous expliqués comme si le maître marchait à côté de son disciple et lui racontait son expérience. Un compagnonnage, sur la difficile route de l’écriture. Et il ne fera pas cette petite entourloupe d’un pas-à-pas « comment écrire un roman pour les nuls », il explique simplement aux écrivains en gestation que l’accouchement d’eux-même ne se fera pas sans effort, sans règle, et quelques bons conseils pour faciliter le chemin (comment se présenter à un éditeur, avoir toujours un carnet sur soi, participer à des ateliers, etc.). Si Lettres à un jeune auteur n’allège pas l’angoisse du grand moment de confrontation entre tout ce qu’on a dans la tête et la page blanche où tout organiser, c’est un vade-mecum utile auquel se référer le plus souvent possible.

 

Indispensable pour tout ceux que ne quitte pas le désir des mots et, pour citer de nouveau Rilke, pour tous ceux qui se demandent, « à l’heure la plus silencieuse de [leur] nuit : “suis-je vraiment contraint d’écrire ?” »

 

Loïc Di Stefano

Colum McCann, Lettres à un jeune auteur, traduit de l’anglais (irlandais) par Jean-Luc Piningre, Belfond, mai 2018,

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