La cinquième femme, Budapest 1956
Voici la réédition surprenante de La cinquième femme, un roman écrit par l’américano-hongroise Maria Fagyas (1905-1985). À l’époque, il rencontra un certain succès, suite au contexte de l’écrasement de l’insurrection de Budapest en 1956, avant de tomber dans l’oubli. Que vaut aujourd’hui La cinquième femme ?
Tandis que les chars soviétiques défilent…
« Six heures sonnèrent à un clocher, quelque part dans Budapest. Un coup de vent fouetta les façades des maisons et fit onduler les drapeaux comme des chiffons secoués par d’énergiques ménagères. Les blindés lançaient une nouvelle attaque boulevard du Musée. Le sourd grondement de leurs moteurs se mêlait aux rafales de mitrailleuses et aux explosions de grenades à main. »

Nous voici en octobre 1956 à Budapest en pleine guerre. L’inspecteur Nemetz, un vieux flic qui a vu passer plusieurs régimes, passe devant la boulangerie de Perc Köz et voit quatre corps de femmes. Vu les combats de rue entre insurgés et soldats soviétiques, il n’y prête pas plus attention. Plus tard, il en aperçoit un cinquième et reconnaît une femme brune venue le voir la veille en lui annonçant que son mari veut la tuer. Or son mari n’est autre que le docteur Halmy, un médecin très demandé à l’hôpital ces derniers jours. Nemetz commence son enquête, Halmy reconnaît détester sa femme et avoir une maîtresse, sans toutefois dire qu’il l’a tué. Nemetz ne lâche pas son enquête, alors que Budapest plonge dans le chaos…
Un roman intéressant
La cinquième femme intrigue par son contexte : une enquête policière menée tandis qu’une guerre se déroule (car il s’agit bien d’une guerre, les soldats soviétiques mènent une vraie opération militaire). L’auteure, hongroise, écrit sur son pays d’origine une vraie tragédie policière. On pénètre dans les tréfonds de la société hongroise telle que vue par Maria Fagyas. L’important n’est pas de savoir qui est coupable mais de comprendre comment on en arrive à tuer et surtout pourquoi : un vrai roman noir donc.
Sylvain Bonnet
Maria Fagyas, La cinquième femme, traduit de l’anglais par Jane Fillion et révision par Marie-Caroline Aubert, préface de Marie-Caroline Aubert, Gallimard « Série noire », 320 pages, juin 2025,14 euros
