François Ier : de la légende dorée à la fabrique du pouvoir

Un roi prisonnier de son image ?

Il est des rois qui traversent l’histoire bardés d’images d’Épinal. François Ier en est sans doute l’exemple le plus éclatant : chevalier flamboyant à Marignan, prince lettré ouvrant la France à la Renaissance et surtout mécène de Léonard de Vinci. Sans compter le bâtisseur de châteaux devenus symbole d’un art de vivre. Trop connu, presque trop aimé, ce roi en est devenu presque insaisissable.

C’est précisément ce défi que relève Maxence Hermant dans un fort bel ouvrage ayant pour titre :  François Ier, roi chevalier, roi mécène.

Un auteur au cœur de la Renaissance

Historien de l’art et conservateur en chef du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, spécialiste de la Renaissance et des liens entre pouvoir et création artistique, Maxence Hermant s’est imposé par des travaux attentifs à la culture visuelle et au mécénat princier. Cette expertise irrigue d’ailleurs l’ensemble de l’ouvrage sans jamais l’alourdir. L’analyse est claire, fine et précise. 

Le “roi chevalier” ; une posture politique

L’auteur s’attache à redonner chair à un souverain souvent figé dans la légende. Il ne déconstruit pas brutalement le mythe : il l’explique. Ainsi, on apprend que le thème du “roi chevalier” n’est pas une invention tardive mais au contraire le fruit d’une démarche politique adoptée par François 1er dans une Europe en pleine recomposition.

Marignan n’est pas seulement une victoire militaire : c’est un acte fondateur de communication royale destinée à inscrire le règne dans l’épopée.

Le mécénat comme instrument de puissance

Pour moi, l’intérêt de ce livre réside surtout dans l’équilibre qu’il propose entre le panache et la politique. François 1er n’est pas un esthète détaché des réalités. Bien au contraire, il utilise l’art, l’architecture et la culture comme instruments de rayonnement et d’autorité.

 En attirant les artistes et les humanistes à sa cour, en protégeant les lettres et surtout en faisant du français une langue de pouvoir (Edit de Villers Cotterêts, 1539), il façonne un Etat moderne autant qu’un imaginaire durable.

Un roi de chair et ses contradictions

Au fil des pages de cette ouvrage, nous avons une écriture claire, élégante et sans érudition pesante. Le propos reste fluide. L’auteur prend grand soin de replacer les choix du souverain dans leur contexte diplomatique, militaire et visuel. Et cela est fort louable. François 1er se dessine donc comme un conquérant à la fois fragile mais aussi visionnaire, parfois prisonnier également de ses rêves de grandeur.

Comprendre la naissance d’un mythe

Mais qu’on ne s’y méprenne pas. Cette chronique royale n’est ni une hagiographie ni une démystification brutale. Elle invite à comprendre comment un roi a su transformer sa vie, ses goûts et ses ambitions en un récit national encore vivant cinq siècles plus tard.

Au final, il s’agit d’un livre précieux pour qui souhaite retrouver François 1er non comme une statue de pierre mais comme un homme de pouvoir conscient que l’Histoire se gagne aussi par l’art et la mémoire.

Franck Dupire

Maxence Hermant, François 1er, Roi chevalier, roi mécène, Perrin / Bibliothèque Nationale de France, 256 pages, novembre 2025, 25 euros.

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