Chagrin, quand la bande dessinée rend hommage à Balzac
On connaît le scénariste Rodolphe pour ses récentes séries Demain et Utopie, ancrées dans la science-fiction. Il s’adjoint ici les services de Griffo, déjà au travail sur Utopie, pour nous donner Chagrin, une variation autour de Balzac, comme vous allez la voir.
Un jeune aristocrate au désespoir

Voici l’histoire de Raphaël de Valentin, jeune aristocrate monté à Paris après la mort de son père qui ne lui laisse que peu d’héritage. Raphaël s’installe dans une chambre de bonne, économises ses sous et écrit, suscitant l’admiration (et l’amour) de Pauline, la jeune bonne. Raphaël rencontre Rastignac, un jeune ambitieux qui vit d’emprunts. Un jour de désespoir, ce dernier lui emprunte de quoi aller jouer et gagne 27 000 francs… qu’il partage ensuite avec Raphaël ! Ce dernier achète un hôtel, recrute du personnel, fait la fête et court (avec affinités) les femmes… Mais l’argent s’épuise, Raphaël est au désespoir, jusqu’au jour où il tombe sur un marchand qui lui offre une peau de chagrin. Miraculeusement, sa fortune tourne, il gagne de l’argent, épouse une Pauline devenue riche, avec un revers : plus il a du succès, plus la peau rétrécit, au point de menacer la vie de Raphaël…
Et ça fonctionne
Voilà une adaptation de Balzac (qui apparaît à la fin) plutôt réjouissante et c’est l’occasion de dire combien ce texte appartient au fantastique, genre trop longtemps méprisé dans notre belle contrée francophone (un jour, je pourrais vous parler du film La main du diable de Maurice Tourneur). L’adaptation est assez fidèle et bénéficie du graphisme très soigné de Griffo. Bien sûr, cela se termine mal, comme pour Faust, Raphaël de Valentin ayant voulu tout, tout de suite (belle morale, vous avez quatre heures pour disserter sur ce sujet).
Une très bonne bande dessinée.
Sylvain Bonnet
Rodolphe & Griffo, Chagrin, Glénat, mars 2026, 136 pages, 24 euros
